Archive de l’étiquette réduction des risques

Documentaire : Le refuge, chasser les dragons

« Vie de chien, vie de galérien. Hier, tu étais le roi et aujourd’hui, tu n’es plus que le bouffon du roi. » (Un usager de Tadam)

Sorti en 2021, cet excellent documentaire d’Alexandra Kandy-Longuet s’ouvre sur les conditions d’admission de Tadam ; une salle de consommation à moindre risque ouverte à Liège en 2018.

Un décor bleuté pour refléter l’ambiance du lieu.  Des usagers y consomment des stupéfiants en toute sécurité. Ils sont accompagnés par du personnel formé. Aucune drogue leur est fournie sur place. Ici, discrétion et écoute oblige, pas d’obligation de cure…

Tadam, c’est bien plus que de l’échange de seringues, des petits plateaux en inox qui s’entrechoquent avec ce bruit clinquant pour des trips bons ou mauvais. Des casiers comme au club de sport, pour mettre ses vêtements avant sa consommation.

C’est l’accompagnement d’un usager pour l’obtention d’un logement difficile d’accès quand on est à la rue. Un usager souvent pas rasé et les cheveux en bataille.  Un usager qui connaît drogue, séparation, perte d’emploi, drames familiaux…

Et puis, un autre usager se bat pour revoir son fils et suivre une formation. Ne pas être séparé de son enfant donnera souvent l’envie et la force de remonter la pente et dompter le « dragon ».

Aussi, les effets secondaires de la consommation de produits psychotropes. De la septicémie aux abcès provoquée par les injections. En réponse, Tadam offre une possibilité de recourir à l’inhalation des produits.

La découverte des péripéties de la mendicité avec ses horaires et ses conditions drastiques, restriction quant au lieu, au nombre de personnes autorisées à mendier à tel endroit et dans telle tranche horaire…

Tadam, c’est aussi le cadre de scènes ô symboliques de lavement de pieds et d’occasion de confidences. La vie dans la rue endommage aussi les pieds qui restent dans des chaussures trop longtemps détrempées…

En conclusion, quand le temps sera revenu de voler de ses propres ailes, Tadam sera toujours là en cas de besoin…

 

La salle de consommation à moindre risque de Bruxelles ouvrira ses portes dans quelques jours. Elle s’inscrit dans la même philosophie de travail que celle de Liège.

 

Liens et adresses utiles :

Le documentaire : Le refuge, chasser les dragons :

https://www.rtbf.be/auvio/detail_le-refuge-chasser-les-dragons?id=2836780&t=0

Tadam, la salle de consommation à moindre risque de Liège :

https://www.liege.be/fr/actualites/une-salle-de-consommation-a-moindre-risque-ouvre-a-liege

SCMR GATE, la salle de consommation à moindre risque qui ouvrira bientôt à Bruxelles :

http://fr.transitasbl.be/scmr-gate/

ParInfor-Drogues

« La salle de shoot : Pas dans mon quartier ! »

La salle de consommation à moindre risque de Bruxelles ouvrira prochainement ses portes dans le quartier Lemonnier, au numéro 9 de la rue de Woeringen. Géré par l’asbl Transit et la MASS (Maison d’Accueil Socio Sanitaire), ce dispositif est nommé Gate en référence à son rôle de portail vers le soin. Avec l’appui de la ville de Bruxelles, cette SCMR sera la deuxième à voir le jour en Belgique, après celle de Liège en 2018.

Les salles de consommation à moindre risque sont l’objet de nombreuses idées reçues. Infor-Drogues vous propose d’en décrypter quelques-unes, à l’approche de l’ouverture de celle de Bruxelles.

 

  • Ça encourage les drogués à consommer

Les différentes études et expériences menées montrent que les salles de consommation à moindre risque n’augmentent ni le nombre de consommateurs ni la quantité consommée. En fait les consommations découlent de raisons personnelles propres à la personne et profondément ancrées dans son vécu et son contexte de vie. Les personnes consomment alors pour se sentir mieux, pour apaiser les tensions, pour faire face, pour oublier, etc. Les consommations sont causées par les problèmes de la vie.

Ce ne sont pas des mauvaises conditions matérielles qui découragent à la consommation puisqu’on voit que de nombreuses consommations sont faites dans des conditions sanitaires et matérielles très dégradées, comme on peut en rencontrer en prison ou dans la clandestinité (dans la rue, dans des parkings, dans des squats, etc.). Ces salles ne font qu’offrir un environnement correct aux consommateurs.

 

  • Ça ne sert à rien, puisqu’ils n’arrêtent pas de consommer

L’arrêt de la consommation ne doit pas toujours être un but en soi. Ne vaut-il pas mieux viser la politique du moindre risque ? En effet, le cadre illégal de la consommation crée d’énormes risques sanitaires : produits coupés, trop concentrés, conditions de consommation clandestines donc matériel et environnement pas stériles, etc.

Ces salles répondent à ce besoin de disposer d’un cadre sécurisé et sanitaire, et diminuent ainsi le risque de maladies. La présence du personnel médical permet de prendre en charge d’éventuels problèmes en cas de surdose. C’est aussi l’occasion de créer du lien et d’ouvrir une porte vers un accompagnement médical et/ou social. Un contact qui peut offrir de nouvelles perspectives

De plus, la souffrance liée à l’exclusion est un motif de consommation. Inclure les abimés de la vie que sont les usagers de drogues va donc diminuer la somme des souffrances auxquelles ils doivent déjà faire face.

 

  • Ça donne envie au grand public parce que ça banalise les drogues

Les bars et les marchands de tabacs se trouvent à tous les coins de rue. Cela ne signifie pas qu’on y entre et qu’on consomme de l’alcool et du tabac à chaque fois qu’on passe à côté. On consomme parce qu’on pense que ça répondra à notre besoin du moment. Mais aussi en fonction de l’image que nous renvoie un produit (sportif, rebelle, charmeur, etc). Et cette image, on souhaite s’y identifier. La banalisation n’est pas attirante, elle ne saurait à elle seule donner envie.

Par ailleurs, les salles de consommation à moindre risque ne sont pas un lieu accessible au tout venant. Il y a une procédure à respecter : il faut s’inscrire, il y a un accueil et un contact avec des travailleurs sociaux et des règles internes à respecter.

 

  • Les enfants/jeunes/etc qui vont passer devant vont entrer pour consommer

Les drogues et les consommateurs de drogues trainent avec eux une image fascinante et sulfureuse. Car les médias et la société les présentent comme autodestructeurs et à la recherche de leur seul plaisir. Cela entraine une curiosité malsaine qui peut donner envie de passer les portes de la salle sans être consommateur pour avoir un aperçu de ce qui s’y passe, mais pas d’y entrer pour consommer.

La consommation de drogue est souvent expliquée par la drogue elle-même. Comme si elle vous tombait dessus sans qu’on ne puisse rien faire. En fait, la drogue n’est pas une créature vivante. Elle ne peut pas, toute seule, sortir de la salle et vous attraper. C’est normal d’avoir peur de la mise en place de ce genre de dispositif. Pour se rassurer vis-à-vis de vos enfants, l’important est de dialoguer avec eux, de leur parler et d’être ouvert à leur vécu.

 

  • Ces salles servent juste à prendre de la drogue pour leur plaisir

Les salles de consommation à moindre risque ne sont pas des salles de fêtes ou des maisons des jeunes. Aucune chance de pouvoir s’y retrouver entre amis pour jouer au kicker en fumant son joint ou en buvant son coca après les cours.

Ces salles offrent un environnement propre et sécurisé pour consommer de manière plus sûre, avec du matériel propre et un encadrement social et médical avec des professionnels. Ce sont des dispositifs voués à la sécurité sanitaire et au lien avec des professionnels, mais pas des lieux qui prêtent à la sociabilisation entre pairs. Ce n’est pas « Woodstock ».

 

  • Ça attire l’insécurité/les dealers/les drogués dans le quartier

Si la consommation de drogue vise à apaiser des souffrances ou des difficultés, cela ne fait pas automatiquement des usagers des personnes dangereuses et prêtes à tout (vol, mensonge, agression, etc.). Certaines personnes recourent au vol ou au mensonge quand elles sont en difficultés, qu’elles consomment des drogues ou non. Si ces dispositifs bénéficient d’une certaine tolérance de la part des autorités et des forces de l’ordre, elles n’en sont pas moins encadrées et sécurisées, pour les consommateurs comme pour les riverains.

Si, à son ouverture, la future SCMR de Bruxelles sera très probablement la cible d’idées reçues de ce style, nous espérons participer à une salutaire prise de distance par rapport à ces suppositions. En effet, toutes ces représentations augmentent en général le mal-être des consommateurs, l’incompréhension du dispositif par le grand public et, au final, les actions inadéquates voire contre-productives.

 

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[TV Infor-Drogues] Entretien avec le Smes : un logement pour tous, sans condition

Entretien avec le Smes: un logement pour tousDepuis plus de 10 ans maintenant, le projet Housing First du Smes permet aux personnes sans-abris de sortir de la rue en leur proposant directement un logement. Si le principe de réinsertion par l’habitat est largement adopté et populaire dans de nombreux pays, les structures qui le proposent exigent la plupart du temps que les bénéficiaires soient abstinents, motivés, répondent à certains critères sociaux, etc. Des conditions qui empêche de nombreuses personnes au profil plus lourd d’intégrer un programme qui peut drastiquement améliorer leur qualité de vie.

Malgré les doutes, les peurs et les questions du secteur social-santé, le Smes mène avec succès un projet Housing First ouvert à tous, sans condition ni jugement, avec leurs consommations, leurs problèmes de santé mentale et leur bagage, qui donne à tous ceux qui le souhaitent une chance de commencer une nouvelle vie.

Pour discuter de l’inconditionnalité de l’aide et des obstacle rencontrés par l’innovation sociale, nous recevons Muriel Allart, coordinatrice du projet Housing First du Smes.

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[TV Infor-Drogues] Entretien avec Modus Vivendi : que devient la fête?

Entretien Modus Vivendi, acteurs de la prévention en milieu festifEntretien avec les acteurs de la prévention en milieu festif.

Depuis le début de la crise sanitaire et des mesures mises en place pour tenter de la ralentir, le milieu festif est un des seuls à avoir été mis à l’arrêt en permanence. Un an pendant lequel les fêtes et la vie nocturne ne se sont arrêtées qu’en apparence et ont pris de nouvelles formes pour exister sans attirer l’attention des autorités. Un nouveau mode de fonctionnement qui pousse les usages de drogues liés à un contexte festif dans l’ombre.

Pour en discuter, nous recevons Matthieu Méan, coordinateur de l’équipe première ligne de Modus Vivendi, association active en réduction des risques liés à la consommation de drogues légales et illégales, avec une attention particulière aux pratiques liées à la fête. Nous avons parlé des évolutions dans les usages de drogues pendant le confinement, ainsi que des changements de comportements liés à la ratification des fêtes.

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Les festivaliers aussi victimes de la prohibition

festivalLe weekend dernier en Australie, un jeune homme est décédé et plusieurs autres personnes ont été hospitalisées après avoir fait une overdose. Ils participaient tous à l’un des plus grands festivals de musique électronique de l’hémisphère sud.

Face à cette situation, Gladys Berejiklian, première ministre de la région où se déroule l’événement, a déclaré que son gouvernement restait opposé au testing de produits psychotropes. Elle prétexte en effet que « nous savons que le testing ne fonctionnera pas, car il donnera le feu vert aux personnes qui veulent prendre des substances qui pourraient encore les tuer ».

Pourtant, l’idée inverse commence à faire son chemin en Angleterre. L’été dernier, la présence d’un stand de testing au festival Secret Garden Party de Cambridgeshire a permis de réduire de 95 % le nombre d’hospitalisations liées à la prise de stupéfiants.

Très loin d’encourager la consommation, les organisateurs ont constaté que le testing permettait aux festivaliers de décider de ne pas consommer si la qualité de leur produit n’était pas celle attendue. Ainsi, deux tiers des personnes trompées sur la marchandise ont remis leur substance à la police.

Le fait d’être conscient de ce qu’ils consomment incite aussi les festivaliers à transmettre les résultats des tests ainsi que les conseils de réduction des risques reçus au stand de l’association à ceux qui les accompagnent et sur les réseaux sociaux.

En Belgique, un tel service est proposé dans certains festivals par Modus Vivendi ASBL, mais de nombreux organisateurs restent réticents à l’idée de se positionner contre les autorités locales, qui constituent une source importante de subsides. Une fois de plus, c’est au niveau politique qu’un changement de mentalité doit se faire pour garantir la santé et la sécurité de plusieurs centaines de consommateurs, aussi bien en Belgique que partout ailleurs.

 

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