Archive de l’étiquette prévention

[TV Infor-Drogues] Avec Thomas Gaon, construire des nouveaux repères à l’ère de la transition numérique

Transition numériqueAujourd’hui, il y a entre six et sept écrans dans chaque foyer, et le télétravail est plus que jamais une réalité. De plus en plus présents dans nos vies, et en particulier dans celles des plus jeunes, les mondes numériques et les jeux vidéos offrent de nombreuses possibilités, aussi bien en matière de relation, que de divertissement, d’emploi, etc. Mais comme tout comportement, chaque pratique peut vouloir dire différentes choses pour différents individus et peut commencer à prendre plus de place. Comme toute nouveauté technologique, elle peut susciter la crainte de ceux qui ne la connaissent pas.

Qu’est ce qui pousse certains à autant s’investir dans le virtuel ? Comment savoir quand et s’il prend trop de place, ou juste assez ? Est-ce que ce que vous pensez savoir de ces espaces et ses pratiques est faux ? Comment s’adapter à ces nouvelles pratiques et construire ensemble de nouveaux repères où la société prend en compte cette transition numérique ? Thomas Gaon, Psychologue clinicien à l’hôpital Marmottan à Paris, en discute avec Sarah Uijt Den Bogaard, formatrice au sein de notre service prévention.

 

Interventions policières « anti-drogues » dans les écoles : HALTE AU MARKETING SCOLAIRE !

Fouilles policières dans les écoles

« Mais pourquoi les écoles font-elles appel à la police en matière de drogues ? » C’est la question qu’Infor-drogues a demandé d’étudier à son stagiaire en sociologie de l’ULB Etienne Hanssens. Après avoir rencontré une bonne dizaine de directions d’établissements scolaires de tous types, il vient d’en livrer le résultat.

Tout d’abord, il est important de souligner qu’il s’agit là d’une vraie question. En effet, plusieurs études et/ou articles scientifiques ont des conclusions perplexes voire critiques quant à la pertinence des effets des interventions policières dans les écoles, que ces interventions soient du type « fouilles musclées avec chiens » ou du type « sensibilisation aux effets / rappel de la norme »[1].

En clair, selon ces études, ces interventions ne sont pas efficaces pour prévenir la délinquance et les autres comportements problématiques mais, de plus, elles comportent de nombreux effets négatifs comme la stigmatisation d’élèves déjà précaires. Autre effet mis en exergue : les interventions « éducatives », en se centrant sur la peur de la sanction et du casier judiciaire, empêchent paradoxalement que l’école s’empare de ces questions et mette en place une approche réellement éducative.

Alors que toutes les écoles reconnaissent la présence d’élèves consommateurs de cannabis, cela ne semblent paradoxalement pas trop les inquiéter car « c’est un phénomène de société » pour lequel l’école ne se sent d’aucune responsabilité. Bien sûr, « si la situation devient problématique, alors là oui on intervient ». Une question qui se pose d’emblée est d’identifier vers quels acteurs se tourner pour orienter les élèves consommateurs.

Par rapport aux interventions policières, le premier critère discriminant semble être le niveau socio-économique des élèves. Dans les écoles « pauvres », faire appel à la police semble inenvisageable car totalement contre-productif car cela amènerait une perte d’autorité et du lien de confiance. En effet, si éduquer c’est apprendre à vivre ensemble, il faut travailler le rapport aux autres, l’insertion dans les groupes et à l’école. Cela demande la construction d’un lien de confiance solide entre l’élève et l’école. Le respect des règles ne viendra que dans un second temps quand l’insertion aura eu lieu. Pour ces écoles, la consommation est le signe de quelque chose qui doit être travaillé en interne « il va pas bien, on va voir ce qui se passe. […] Ce n’est pas la police qui va régler le problème ». Ces écoles préfèrent agit en prévention par l’attention portée aux élèves.

Par contre, les écoles ayant un indice socio-économiques plus favorables sont davantage tentées par le recours à la police notamment en cas de flagrant délit. L’école se base en général sur des indices peu spécifiques comme les yeux rouges ou une attitude « nonchalante », parfois se sont des propos d’élèves entendus dans le rang… Néanmoins, un éventuel recours aux forces de l’ordre n’est presque jamais la première réponse de l’école. Si le dialogue avec l’élève est privilégié, il s’agit en fait souvent d’un rappel à l’ordre devant déboucher sur la contrition du fautif. Si le fait est jugé suffisamment grave, l’école applique alors une sanction d’exclusion dans le but de « lui faire prendre conscience de la gravité de ses actes ». Majoritairement, les écoles souhaitent que ce type de problème soit réglé en interne.   Ce qui effraye les responsables des écoles, c’est « la tache d’huile[2] », l’effet sur les autres élèves… et sur la réputation de l’école.

Au final, ce qui ressort des interviews c’est l’impression que les interventions policières sont demandées pour des questions essentiellement d’image. Image et réputation de l’école tout d’abord : en améliorant ou maintenant une image « safe » ou « tolérance zéro » vis-à-vis de la consommation. D’autre part, la police cherche également à améliorer son image à travers des opérations plus « soft » comme des rencontres d’élèves centrées sur la prévention des drogues. Certaines directions sont sensibles à ces arguments car elles considèrent tant l’école que la police comme des garants de l’autorité collective : « en miniature, c’est ce qu’on fait dans les écoles ».

Cette influence sur l’image de l’école semble l’explication majoritaire pour comprendre la persistance des interventions policières malgré les effets négatifs de ces dernières relevés par les articles scientifiques mais aussi par de nombreux acteurs scolaires. Pour Infor-Drogues, comme pour les autres intervenants regroupés au sein de la « Concertation Réflexion Ecole Police »[3], il est temps de cadrer davantage de telles interventions, voire de les interdire totalement. Halte au marketing scolaire sur le dos des élèves !

 

[1] Blais, E. (2008). L’effet des programmes policiers sur la délinquance en milieu scolaire : une synthèse systématique des études évaluatives. Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique et Scientifique. 61. 321-344.

Merini, Corinne & Peretti, C.. (2002). Partenariat externe et prévention en matière de substances psychoactives : dans quelle position l’école met-elle ses partenaires ? Santé Publique, 14.

Wuilleumier, A. (2016). Chapitre 10. La police à l’école. Quelle réalité, pour quel pouvoir d’agir ? Dans :  É. Debarbieux, L’école face à la violence: Décrire, expliquer, agir (pp. 154-169). Paris: Armand Colin.

Ajoutons à ces références la brochure « Les fouilles policières ‘’anti-drogues’’ dans les écoles : il est urgent… d’arrêter », Infor-Drogues et La Ligue des Droits Humains, 2014. Cette publication décrit les effets contre-productifs de ces opérations et en interroge également l’aspect légal.

[2] Infor-Drogues n’a trouvé aucune étude validant cette théorie faisant du premier consommateur une sorte d’incitant automatique à d’autres consommateurs.

[3] Le groupe Concertation Réflexion Ecoles-Police Bruxelles est composé du Centre Bruxellois de Promotion de la Santé, du Délégué général aux droits de l’enfant, d’Infor-Drogues, de Prospective Jeunesse,  de la Liaison Antiprohibitioniste, de la Ligue des droits de l’Homme, du le Service Droit des Jeunes, de Bruxelles Laïque et du Fonds des Affections Respiratoires.

 

Agir en prévention des assuétudes, une campagne en parle…

« Assuétudes: les services spécialisés vous aident à intervenir auprès de vos publics ». Tel est le message principal de la campagne Agir en prévention que lance un collectif d’associations afin de sensibiliser les professionnel.le.s à leur rôle en   tant qu’acteurs.rices de prévention.

Quand la question des assuétudes vient sur la table et, en corollaire, celle de la prévention, d’autres questions sous-jacentes jaillissent dans le chef de celles et ceux qui l’abordent dans le cadre de leur travail. Suis-je légitime pour parler des dépendances avec les personnes que je rencontre ? Comment en parler ? Quel regard porter sur leurs comportements à risques ? Et surtout comment les accompagner ?

En tant que professionnel.le.s en contact avec des publics (jeunes et/ou adultes), il est légitime de se poser ces questions. Il est même indispensable. Car les travailleur.euse.s de la santé, du social et de l’éducation sont les premier.ère.s acteur.rice.s de la prévention des assuétudes.

Pour sensibiliser à cette évidence une campagne est née. Son objectif : rappeler la place prioritaire que devrait occuper la dimension prévention en matière d’assuétudes et de santé dans nos pratiques professionnelles.

Se former pour mieux prévenir

A travers la campagne Agir en prévention, les services spécialisés en assuétudes tentent de rappeler l’offre de formation et d’accompagnement (entre autres) qui existe pour soutenir les professionnel.le.s désireux.euses de renforcer leurs compétences en la matière.

Le site web agirenprevention.be propose un répertoire des services spécialisés dans la prévention des assuétudes en promotion de la santé, actifs sur l’ensemble du territoire de la Belgique francophone.

On y retrouvera également une série de ressources permettant d’aller plus loin dans l’appropriation des notions de prévention des assuétudes et de promotion de la santé.

Des webinaires pour partager les expériences de terrain

Agir en prévention, c’est un site web, une vidéo et surtout une série de webinaires programmés tout au long de l’année 2022 pour partager les bonnes pratiques en matière de prévention des assuétudes au sein de différents secteurs (santé mentale, insertion socioprofessionnelle, aide à la jeunesse, aide sociale, jeunesse, etc)

Découvrez l’agenda des webinaires sur : https://agirenprevention.be/webinaires/

Pour en savoir plus : www.agirenprevention.be

[TV Infor-Drogues] Entretien avec Nicolas Ancion, auteur et intervenant dans les écoles

TV Infor-Drogues: Entretien avec Nicolas AncionSi les enfants ne consomment pas de drogues, ce n’est pas pour autant qu’ils ne s’interrogent pas ou ne sont pas confrontés à certains comportements qui s’y rapportent. C’est pour coller à cette réalité qu’Infor-Drogues a collaboré avec avec un auteur jeunesse afin de leur proposer des livres et supports pédagogiques qui traitent ces sujets de manière adaptée à leur tranche d’âge.

C’est ainsi que sont nés les livres J’arrête quand je veux et En mille morceaux il y a près de 10 ans, et qu’ils continuent à être mis au programme de nombreuses classes de primaire et de secondaire. Leur auteur, Nicolas Ancion, était avec nous afin de discuter de ces romans – qui abordent le sujet des dépendances – et de ses nombreuses interventions auprès des jeunes qui les lisent.

 

Salles de consommation à moindre risque : en finir avec les idées reçues

Ouverture d'une salle de consommation à moindre risque à BruxellesLa salle de consommation à moindre risque de Bruxelles ouvrira prochainement ses portes dans le quartier Lemonnier, au numéro 9 de la rue de Woeringen. Géré par l’asbl Transit et la MASS (Maison d’Accueil Socio Sanitaire), ce dispositif est nommé Gate en référence à son rôle de portail vers le soin. Avec l’appui de la ville de Bruxelles, cette SCMR sera la deuxième à voir le jour en Belgique, après celle de Liège en 2018.

Les salles de consommation à moindre risque sont l’objet de nombreuses idées reçues. Infor-Drogues vous propose d’en décrypter quelques-unes, à l’approche de l’ouverture de celle de Bruxelles.

 

  • Ça encourage les drogués à consommer

Les différentes études et expériences menées montrent que les salles de consommation à moindre risque n’augmentent ni le nombre de consommateurs ni la quantité consommée. En fait les consommations découlent de raisons personnelles propres à la personne et profondément ancrées dans son vécu et son contexte de vie. Les personnes consomment alors pour se sentir mieux, pour apaiser les tensions, pour faire face, pour oublier, etc. Les consommations sont causées par les problèmes de la vie.

Ce ne sont pas des mauvaises conditions matérielles qui découragent à la consommation puisqu’on voit que de nombreuses consommations sont faites dans des conditions sanitaires et matérielles très dégradées, comme on peut en rencontrer en prison ou dans la clandestinité (dans la rue, dans des parkings, dans des squats, etc.). Ces salles ne font qu’offrir un environnement correct aux consommateurs.

 

  • Ça ne sert à rien, puisqu’ils n’arrêtent pas de consommer

L’arrêt de la consommation ne doit pas toujours être un but en soi. Ne vaut-il pas mieux viser la politique du moindre risque ? En effet, le cadre illégal de la consommation crée d’énormes risques sanitaires : produits coupés, trop concentrés, conditions de consommation clandestines donc matériel et environnement pas stériles, etc.

Ces salles répondent à ce besoin de disposer d’un cadre sécurisé et sanitaire, et diminuent ainsi le risque de maladies. La présence du personnel médical permet de prendre en charge d’éventuels problèmes en cas de surdose. C’est aussi l’occasion de créer du lien et d’ouvrir une porte vers un accompagnement médical et/ou social. Un contact qui peut offrir de nouvelles perspectives

De plus, la souffrance liée à l’exclusion est un motif de consommation. Inclure les abimés de la vie que sont les usagers de drogues va donc diminuer la somme des souffrances auxquelles ils doivent déjà faire face.

 

  • Ça donne envie au grand public parce que ça banalise les drogues

Les bars et les marchands de tabacs se trouvent à tous les coins de rue. Cela ne signifie pas qu’on y entre et qu’on consomme de l’alcool et du tabac à chaque fois qu’on passe à côté. On consomme parce qu’on pense que ça répondra à notre besoin du moment. Mais aussi en fonction de l’image que nous renvoie un produit (sportif, rebelle, charmeur, etc). Et cette image, on souhaite s’y identifier. La banalisation n’est pas attirante, elle ne saurait à elle seule donner envie.

Par ailleurs, les salles de consommation à moindre risque ne sont pas un lieu accessible au tout venant. Il y a une procédure à respecter : il faut s’inscrire, il y a un accueil et un contact avec des travailleurs sociaux et des règles internes à respecter.

 

  • Les enfants/jeunes/etc qui vont passer devant vont entrer pour consommer

Les drogues et les consommateurs de drogues trainent avec eux une image fascinante et sulfureuse. Car les médias et la société les présentent comme autodestructeurs et à la recherche de leur seul plaisir. Cela entraine une curiosité malsaine qui peut donner envie de passer les portes de la salle sans être consommateur pour avoir un aperçu de ce qui s’y passe, mais pas d’y entrer pour consommer.

La consommation de drogue est souvent expliquée par la drogue elle-même. Comme si elle vous tombait dessus sans qu’on ne puisse rien faire. En fait, la drogue n’est pas une créature vivante. Elle ne peut pas, toute seule, sortir de la salle et vous attraper. C’est normal d’avoir peur de la mise en place de ce genre de dispositif. Pour se rassurer vis-à-vis de vos enfants, l’important est de dialoguer avec eux, de leur parler et d’être ouvert à leur vécu.

 

  • Ces salles servent juste à prendre de la drogue pour leur plaisir

Les salles de consommation à moindre risque ne sont pas des salles de fêtes ou des maisons des jeunes. Aucune chance de pouvoir s’y retrouver entre amis pour jouer au kicker en fumant son joint ou en buvant son coca après les cours.

Ces salles offrent un environnement propre et sécurisé pour consommer de manière plus sûre, avec du matériel propre et un encadrement social et médical avec des professionnels. Ce sont des dispositifs voués à la sécurité sanitaire et au lien avec des professionnels, mais pas des lieux qui prêtent à la sociabilisation entre pairs. Ce n’est pas « Woodstock ».

 

  • Ça attire l’insécurité/les dealers/les drogués dans le quartier

Si la consommation de drogue vise à apaiser des souffrances ou des difficultés, cela ne fait pas automatiquement des usagers des personnes dangereuses et prêtes à tout (vol, mensonge, agression, etc.). Certaines personnes recourent au vol ou au mensonge quand elles sont en difficultés, qu’elles consomment des drogues ou non. Si ces dispositifs bénéficient d’une certaine tolérance de la part des autorités et des forces de l’ordre, elles n’en sont pas moins encadrées et sécurisées, pour les consommateurs comme pour les riverains.

Si, à son ouverture, la future SCMR de Bruxelles sera très probablement la cible d’idées reçues de ce style, nous espérons participer à une salutaire prise de distance par rapport à ces suppositions. En effet, toutes ces représentations augmentent en général le mal-être des consommateurs, l’incompréhension du dispositif par le grand public et, au final, les actions inadéquates voire contre-productives.

 

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