Archive de l’étiquette santé

Non, le CBD ne soigne pas le glaucome

Il suffit de faire une recherche internet avec les mots clés « CBD » et « Glaucome » pour aboutir rapidement sur des sites qui vantent les vertus thérapeutiques du cannabidiol pour traiter cette maladie qui touche le nerf optique. Des résultats trompeurs, puisque des études scientifiques récentes tendent à montrer le contraire. La plupart de ces sites véhiculant ces fausses informations vendent eux-mêmes des produits à base de CBD.

En réalité le CBD seul (c’est-à-dire sans THC ou autres cannabinoïdes, présents en nombre dans le cannabis) peut même aggraver le glaucome en faisant augmenter la pression intra-oculaire. En effet, selon une étude publiée en 2018[1], la tension oculaire répondrait différemment en fonction des cannabinoïdes testés au cours de l’expérimentation, ainsi qu’en fonction des récepteurs sur lesquels ils agissent.

Si le THC seul montre de meilleurs résultats pour apaiser le glaucome (en particulier chez les sujets mâles), il apparait dans plusieurs études que le CBD annule purement et simplement les effets positifs éventuels du THC dès lors qu’ils sont présents en quantité égale. Or, dans le cannabis commun, les deux molécules sont naturellement présentes et s’équilibrent l’une l’autre. Par ailleurs même si le cannabis fait baisser la pression oculaire, il n’a pas beaucoup d’intérêt médical car il provoque également une baisse de la tension artérielle selon les spécialistes. Ses effets bénéfiques s’avèrent également de courte durée. Une prise régulière serait ainsi requise, avec tous les effets négatifs que peuvent entrainer une consommation intensive de cannabis.

Pour rappel, la prescription du Sativex, seul médicament à base de cannabis légalement autorisé en Belgique, n’a pas été approuvée pour cette pathologie, ni chez nous, ni en France. Il ne s’agit donc pas non plus d’une solution pour les patients souffrant de glaucome.

Au Canada, où le cannabis a pourtant été légalisé, la Société canadienne d’ophtalmologie ne soutient pas l’utilisation médicale du cannabis pour le traitement du glaucome[2] « en raison de sa courte durée d’action, de la fréquence des effets secondaires indésirables psychotropes et systémiques autres, et de l’absence de données probantes scientifiques montrant un effet bénéfique sur l’évolution de la maladie. Cela va à l’encontre des autres modalités thérapeutiques médicales, laser et chirurgicales plus efficaces et moins nocives utilisées pour le traitement du glaucome. »

Malgré ces résultats, les sites commerciaux n’hésitent pas à mettre en avant des faits de plus en plus réfutés, au risque de mettre en danger un public qui cherche simplement à améliorer ses conditions de vie. Une pratique malhonnête qui nous pousse plus que jamais à inciter à être prudent et attentif aux sources d’informations consultées en matière de santé.

 


Sources

[1] Δ9-Tetrahydrocannabinol and Cannabidiol Differentially Regulate Intraocular Pressure / Sally Miller, Laura Daily, Emma Leishman, Heather Bradshaw, Alex Straiker, Investigative Opthalmology & Visual Science, 2018.

[2] Utilisation médicale du cannabis pour le glaucome / Dr Paul Rafuse, Dre Yvonne M Buys, octobre 2018.

 

ParInfor-Drogues

La santé ou les profits de Philip Morris ?

Sumo VS enfantLe Géant des cigarettes Philip Morris a porté plainte contre l’Uruguay pour avoir adopté l’une des meilleures lois anti-tabac au monde.

Philip Morris International, dont le siège est à Lausanne, a lancé une action judiciaire contre l’Uruguay devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi), un tribunal d’arbitrage qui dépend de la Banque mondiale.

Les accords bilatéraux de protection des investissements, comme justement celui prévu par le traité de libre-échange transatlantique (Tafta) en cours de négociation, permettent de placer sur un pied d’égalité les firmes internationales et les États souverains.

C’est une perspective terrifiante: une multinationale, dont les produits sont mortels, aurait le pouvoir de faire abroger des lois qui protègent la santé publique. Ainsi, une victoire de Philip Morris établirait un inacceptable précédent pour le monde entier.

Une pétition de l’ONG Avaaz est en ligne pour protéger notre santé et notre démocratie de l’avidité des multinationales.

ParInfor-Drogues

Inquiétude en Promotion de la Santé

Le Cri, Edgar MunchDébut 2015, 35 institutions bruxelloises vont subir le transfert de compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles vers les régions. Ces institutions ont rédigé un mémorandum pour demander une reconnaissance structurelle et financière du secteur qui permettra notamment de garantir et de renforcer l’emploi au sein de celui-ci.

 

ParInfor-Drogues

Après la violence pour vendre, la violence pour la santé

Braquage

La violence dans les médias attire et fascine, on l’a déjà dit. C’est pourquoi les infos à la TV, les jeux vidéo, les films mais aussi, bien sur, la publicité en usent et abusent. La fascination entrave la réflexion et peut donc pousser l’individu à des comportements compulsifs (achats irraisonnés, comportements déplacés, etc.). Cette utilisation « commerciale » de la violence, nous la croyions réservée au secteur marchand. Il se fait que, de plus en plus, elle s’immisce dans les communications « santé » et de « prévention ».
Malheureusement, la prévention des toxicomanies a longuement usé de cette technique, (exemples ici ou ici), violence contre violence, et ce malgré les mises en garde des professionnels de la prévention.

Pourtant, de plus en plus, la violence est appelée pour “défendre” la santé sur des thématiques beaucoup plus “quotidiennes”. Ainsi, entre autres exemples, la mise en scène spectaculaire d’un cambriolage avec prise d’otages pendant lequel une femme prend un risque mortel est sensé faire découvrir de nouveaux moyens contraceptifs1 ! Dans un autre spot, un habitué des escalators souterrains se fait violemment frapper par « un vieux » afin de nous convaincre de l’utilité de l’exercice physique quotidien.

Bien sûr, ces deux spots sont plein d’humour ! Qui les prendrait au premier degré ?

Il n’empêche. La prévention a-t-elle quelque chose à gagner dans cette course à la fascination ? En utilisant des modèles de comportements inconsidérés, violents et irréalistes, la prévention santé fait-elle réellement œuvre d’utilité publique ? En d’autres termes, en privilégiant une efficacité prouvée par l’impact visuel, les taux de mémorisation et de reconnaissance et d’autres indicateurs utilisés en publicité commerciale, ne se trompe-t-on pas complètement de stratégie ? Comment faire réfléchir, comment rendre une capacité d’action à des populations en jouant à ce point sur l’émotionnel pur ?

De telles campagnes, non seulement ne gaspillent-elles des moyens financiers déjà bien trop rares mais, et c’est bien plus dramatique, ne risquent-elles pas d’associer inconsciemment bébé et risque mortel ou vieillesse et castagne ? La représentation du monde comme étant fondamentalement violent et risqué, sera-t-elle de nature à améliorer la santé individuelle et collective ? Par ailleurs, de tels spots ne renforcent-ils pas l’illusion, dangereuse, que seule l’émotion peut servir la prévention, donc la santé ?

La prévention en matière de santé ne peut prétendre à un peu d’efficacité, nous semble-t-il, qu’en utilisant des stratégies contraires : plutôt que de fasciner (et donc d’imposer), elle doit rendre aux individus et aux collectivités leur capacité à décider pour eux-mêmes grâce à la compréhension des réalités et des enjeux. Cette ambition peut-elle s’incarner seulement via des « campagnes médias » composées de spots et d’affiches ? Ce n’est pas sûr…

(1) Pourtant le site choisirsacontraception.fr propose une excellente campagne « les garçons enceintes » qui met le doigt sur une vraie question : comment rendre les garçons concernés par la contraception ?

ParInfor-Drogues

Communiqué de presse “Loi Cannabis, vers une sanction pénale des problèmes de santé”

La loi « cannabis » vient d’être votée

Vers une sanction pénale des problèmes de santé

Infor-Drogues revient une fois de plus sur les dispositions qui viennent d’être votées en matière de drogues. En effet, nous ne pouvons accepter la sanction pénale d’un individu qui consomme du cannabis DU SEUL FAIT de problèmes de santé. Mais comment en est-on arrivé là ?

Désormais, un majeur ne détenant qu’une petite quantité de cannabis et ne causant pas de nuisances publiques sera traité différemment selon qu’il est considéré ou non comme usager problématique c’est à dire ayant une « dépendance prouvée à une substance ». Donc, c’est bel et bien la présence d’un problème de santé qui sera ici déterminante pour sanctionner pénalement. Pour rappel, poser un diagnostic de dépendance relève du seul secteur de la santé. Incongruité colossale encore une fois : ce diagnostic sera à présent posé par un policier totalement inapte en la matière – exercice illégal du diagnostic médico-psychologique, nous direz-vous ? Certainement ! Une fois le procès-verbal dressé, même l’avis opposé d’un professionnel de la santé ne pourra jamais l’annuler. Si il y a classement sans suite, ce PV sera toujours susceptible d’être « réactivé » plus tard.

Cette évolution est inquiétante car elle contribue à stigmatiser encore davantage les individus les plus fragilisés de la société. Le message de la nouvelle loi pourrait ainsi être traduit : il y a ceux qui méritent la liberté, le choix thérapeutique et ceux qui ne les méritent pas. Ces derniers seront contrôlés et pourront « bénéficier » d’une injonction judiciaire. Alors que les professionnels de la prévention savent à quel point ces injonctions sont totalement contre-productives car elles ne font qu’augmenter les angoisses et les problèmes de cette population.

Alors de quoi demain sera-t-il fait ? Ce qui est sûr c’est que nous serons face à des dispositions et des procédures plus complexes et plus floues que jamais. Les stratégies éducatives (des parents, éducateurs, enseignants ou autres) par rapport au cannabis, déjà difficiles à mettre en place dans un cadre de prohibition totale, vont rencontrer de grands problèmes sur le plan de la cohérence et de l’efficacité.

Nul ne sait comment les parquets et les policiers vont interpréter (puisqu’il s’agit bien de cela) les différents textes légaux et il y a fort à parier que l’homogénéisation des pratiques dans les différents arrondissements judiciaires sera une fois de plus vouée à l’échec. La brèche faite dans l’arsenal des mesures pénales risque de se payer fort cher.

Il faudra donc sans attendre retravailler les différents textes légaux pour conférer une réelle sécurité au citoyen sur le plan de la détention et de la culture de cannabis ainsi que du contrôle de la qualité et de l’approvisionnement.

Il devient de plus en plus urgent d’entrer dans une véritable approche de santé de cette thématique et non plus uniquement répressive.

Pour plus d’infos sur ce dossier : 02 227 52 60

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