Après la violence pour vendre, la violence pour la santé

Après la violence pour vendre, la violence pour la santé

Braquage

La violence dans les médias attire et fascine, on l’a déjà dit. C’est pourquoi les infos à la TV, les jeux vidéo, les films mais aussi, bien sur, la publicité en usent et abusent. La fascination entrave la réflexion et peut donc pousser l’individu à des comportements compulsifs (achats irraisonnés, comportements déplacés, etc.). Cette utilisation « commerciale » de la violence, nous la croyions réservée au secteur marchand. Il se fait que, de plus en plus, elle s’immisce dans les communications « santé » et de « prévention ».
Malheureusement, la prévention des toxicomanies a longuement usé de cette technique, (exemples ici ou ici), violence contre violence, et ce malgré les mises en garde des professionnels de la prévention.

Pourtant, de plus en plus, la violence est appelée pour “défendre” la santé sur des thématiques beaucoup plus “quotidiennes”. Ainsi, entre autres exemples, la mise en scène spectaculaire d’un cambriolage avec prise d’otages pendant lequel une femme prend un risque mortel est sensé faire découvrir de nouveaux moyens contraceptifs1 ! Dans un autre spot, un habitué des escalators souterrains se fait violemment frapper par « un vieux » afin de nous convaincre de l’utilité de l’exercice physique quotidien.

Bien sûr, ces deux spots sont plein d’humour ! Qui les prendrait au premier degré ?

Il n’empêche. La prévention a-t-elle quelque chose à gagner dans cette course à la fascination ? En utilisant des modèles de comportements inconsidérés, violents et irréalistes, la prévention santé fait-elle réellement œuvre d’utilité publique ? En d’autres termes, en privilégiant une efficacité prouvée par l’impact visuel, les taux de mémorisation et de reconnaissance et d’autres indicateurs utilisés en publicité commerciale, ne se trompe-t-on pas complètement de stratégie ? Comment faire réfléchir, comment rendre une capacité d’action à des populations en jouant à ce point sur l’émotionnel pur ?

De telles campagnes, non seulement ne gaspillent-elles des moyens financiers déjà bien trop rares mais, et c’est bien plus dramatique, ne risquent-elles pas d’associer inconsciemment bébé et risque mortel ou vieillesse et castagne ? La représentation du monde comme étant fondamentalement violent et risqué, sera-t-elle de nature à améliorer la santé individuelle et collective ? Par ailleurs, de tels spots ne renforcent-ils pas l’illusion, dangereuse, que seule l’émotion peut servir la prévention, donc la santé ?

La prévention en matière de santé ne peut prétendre à un peu d’efficacité, nous semble-t-il, qu’en utilisant des stratégies contraires : plutôt que de fasciner (et donc d’imposer), elle doit rendre aux individus et aux collectivités leur capacité à décider pour eux-mêmes grâce à la compréhension des réalités et des enjeux. Cette ambition peut-elle s’incarner seulement via des « campagnes médias » composées de spots et d’affiches ? Ce n’est pas sûr…

(1) Pourtant le site choisirsacontraception.fr propose une excellente campagne « les garçons enceintes » qui met le doigt sur une vraie question : comment rendre les garçons concernés par la contraception ?

ParInfor-Drogues
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