Archive de l’étiquette thérapie

Refus fédéral du traitement médical à base d’héroïne

docteur_policierLa consommation de drogues est-elle, oui ou non, une question de santé publique ?

Selon la Note fédérale drogues de 2001 (actualisée en 2010 mais toujours en vigueur) « le gouvernement fédéral confirme que l’abus de drogues est un problème de santé publique ». Néanmoins, force est de constater que la réalité est très loin de cela. Ainsi le gouvernement vient de refuser, ce 31 mars 2015, une proposition de loi qui encadrerait et prolongerait l’expérience de délivrance médicalisée d’héroïne.

Projet-pilote thérapeutique mis en place et mené à Liège entre 2011 et 2013, TADAM proposait à des patients toxicomanes fortement dépendants un traitement assisté par diacétylmorphine, c’est-à-dire de l’héroïne pharmaceutique prescrite et administrée sous la supervision d’infirmiers dans le centre. Ce projet liégeois avait pourtant été évalué de façon très positive en termes de santé publique notamment par l’Université de Liège.

L’équipe de recherche universitaire avait constaté une diminution de la consommation de l’héroïne de rue, une amélioration de la santé physique et mentale des patients et une diminution des faits de délinquance commis par ces personnes. Les chercheurs avaient recommandé la poursuite de ce type de traitements en Belgique.

L’autre proposition de loi rejetée concernait l’ouverture de « salles de consommation à moindre risque ». Il s’agissait, via l’ouverture de ces salles, d’entrer en contact avec les consommateurs de drogues « à haut risque » (en particulier ceux qui consomment par voie intraveineuse), d’améliorer leur santé sociale et sanitaire et de diminuer les nuisances publiques. Ces deux propositions de loi étaient non seulement soutenues par les institutions actives en toxicomanie, mais aussi par la conférence interministérielle Santé publique (qui regroupe les six ministres de la santé que compte notre pays). De plus, de tels projets existent déjà dans plusieurs pays européens et la Région wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région bruxelloise étaient prêtes à accueillir de nouveaux dispositifs. La majorité parlementaire n’a même pas jugé nécessaire d’entendre des experts de la santé avant de prendre leur décision.

Le gouvernement prétend agir dans le cadre de la Santé mais il n’en est rien, c’est la Justice qui mène la danse. Cela mène à une prévention inefficace, à des problèmes de santé publique et à un surcoût policier important et contre-productif.

Au final, les compétences de prévention, de soin et de réduction des risques qui sont attribuées aux Régions et Communautés ne peuvent se déployer tant que le Fédéral n’accepte pas que d’autres niveaux de pouvoir mènent des politiques différentes. En matière de politique drogues, le modèle fédéral ne fonctionne pas non plus !

ParInfor-Drogues

Cannabis thérapeutique, première avancée ?

Cannabis thérapeutiqueLa Ministre de la santé, Maggie De Block, prépare un arrêté royal autorisant la délivrance d’un médicament à base de cannabis (le Sativex) actif dans le traitement de la sclérose en plaques. Infor-Drogues souligne le caractère positif de cette mesure mais souhaite que la Ministre s’inspire d’études scientifiques sérieuses (comme celle-ci ou celle-là) afin d’autoriser l’usage thérapeutique du cannabis face à d’autres maladies ou symptômes (nausées, maux de tête, insomnies, vertiges, épilepsie, glaucome, maladies invalidantes comme le cancer, le sida, etc).

Ce serait en effet une avancée essentielle pour les très nombreux consommateurs de cannabis qui l’utilisent pour soulager leurs douleurs physiques. Ces personnes nous disent que leur consommation de cannabis est liée au constat qu’il n’existe pas d’équivalent parmi les médicaments disponibles. Cette substance les soulage et ils ne sont, pour la plupart, pas disposés à s’arrêter même face à une possible condamnation judiciaire (témoignages ici ou ici).

Dès lors, n’est-il pas urgent d’élargir le cadre thérapeutique du cannabis afin que toutes ces personnes en souffrance puissent avoir accès à des produits de qualité contrôlée, ne soient plus confrontées au marché noir ou, pire, menacées judiciairement ?

ParInfor-Drogues

Le Réseau Cannabis, pour compléter et intégrer l’offre de soin en Région Bruxelloise

CannabisSelon les études existantes, le cannabis est le produit illicite le plus consommé parmi la population belge. Pourtant, l’offre de soins destinée aux usagers ayant une consommation problématique de cannabis reste trop faible ou peu connue à Bruxelles.

Pour cette raison, Interstices C.H.U. Saint-Pierre asbl, en partenariat avec la Fedito Bruxelloise et Infor-Drogues asbl, a mis en place un Réseau de prises en charge, le « Réseau Cannabis ».


Ce Réseau a pour objectif de rassembler et soutenir les professionnels et institutions s’inscrivant dans la prise en charge d’usagers ayant une consommation problématique de cannabis.

De plus, afin d’élargir la surface d’offres de soins à Bruxelles, le « Réseau Cannabis » propose des formations aux professionnels non seulement du secteur spécialisé mais aussi du secteur généraliste, afin que ce dernier vienne compléter le Réseau de prises en charge par son savoir faire.

Mais surtout, le « Réseau Cannabis » propose une orientation de l’usager vers un lieu de soins adapté à son profil et à sa demande.

Tout professionnel se questionnant sur la problématique du cannabis, ses conséquences et les prises en charge des consommateurs est invité à contacter ce service et/ou à le rejoindre afin de collaborer ensemble.

ParInfor-Drogues

Communiqué de presse “Loi Cannabis, vers une sanction pénale des problèmes de santé”

La loi « cannabis » vient d’être votée

Vers une sanction pénale des problèmes de santé

Infor-Drogues revient une fois de plus sur les dispositions qui viennent d’être votées en matière de drogues. En effet, nous ne pouvons accepter la sanction pénale d’un individu qui consomme du cannabis DU SEUL FAIT de problèmes de santé. Mais comment en est-on arrivé là ?

Désormais, un majeur ne détenant qu’une petite quantité de cannabis et ne causant pas de nuisances publiques sera traité différemment selon qu’il est considéré ou non comme usager problématique c’est à dire ayant une « dépendance prouvée à une substance ». Donc, c’est bel et bien la présence d’un problème de santé qui sera ici déterminante pour sanctionner pénalement. Pour rappel, poser un diagnostic de dépendance relève du seul secteur de la santé. Incongruité colossale encore une fois : ce diagnostic sera à présent posé par un policier totalement inapte en la matière – exercice illégal du diagnostic médico-psychologique, nous direz-vous ? Certainement ! Une fois le procès-verbal dressé, même l’avis opposé d’un professionnel de la santé ne pourra jamais l’annuler. Si il y a classement sans suite, ce PV sera toujours susceptible d’être « réactivé » plus tard.

Cette évolution est inquiétante car elle contribue à stigmatiser encore davantage les individus les plus fragilisés de la société. Le message de la nouvelle loi pourrait ainsi être traduit : il y a ceux qui méritent la liberté, le choix thérapeutique et ceux qui ne les méritent pas. Ces derniers seront contrôlés et pourront « bénéficier » d’une injonction judiciaire. Alors que les professionnels de la prévention savent à quel point ces injonctions sont totalement contre-productives car elles ne font qu’augmenter les angoisses et les problèmes de cette population.

Alors de quoi demain sera-t-il fait ? Ce qui est sûr c’est que nous serons face à des dispositions et des procédures plus complexes et plus floues que jamais. Les stratégies éducatives (des parents, éducateurs, enseignants ou autres) par rapport au cannabis, déjà difficiles à mettre en place dans un cadre de prohibition totale, vont rencontrer de grands problèmes sur le plan de la cohérence et de l’efficacité.

Nul ne sait comment les parquets et les policiers vont interpréter (puisqu’il s’agit bien de cela) les différents textes légaux et il y a fort à parier que l’homogénéisation des pratiques dans les différents arrondissements judiciaires sera une fois de plus vouée à l’échec. La brèche faite dans l’arsenal des mesures pénales risque de se payer fort cher.

Il faudra donc sans attendre retravailler les différents textes légaux pour conférer une réelle sécurité au citoyen sur le plan de la détention et de la culture de cannabis ainsi que du contrôle de la qualité et de l’approvisionnement.

Il devient de plus en plus urgent d’entrer dans une véritable approche de santé de cette thématique et non plus uniquement répressive.

Pour plus d’infos sur ce dossier : 02 227 52 60

ParInfor-Drogues