Déclaration de politique globale et intégrée en matière de drogues

Déclaration de politique globale et intégrée en matière de drogues

Comme le suggère le communiqué de presse gouvernemental du 25 janvier 2010[1], oui, il s’agit bien d’une déclaration historique. Les professionnels actifs dans le secteur de l’aide aux toxicomanes se réjouissent du fait que les différentes autorités compétentes en la matière aient non seulement décidé de se concerter mais le fassent réellement. En effet, le secteur déplorait régulièrement le morcellement des compétences[2] et les initiatives politiques dispersées (avec parfois des effets antagonistes entre elles[3]). Au final, la Belgique donnait en cette matière le triste spectacle d’un manque d’objectifs communs et de cohérence.

Aujourd’hui, la Déclaration Conjointe (donc l’ensemble des gouvernements que compte ce pays) réaffirme que la consommation de drogues est considérée prioritairement comme un problème de santé publique. A ce titre, c’est la Ministre fédérale de la Santé publique qui préside la Conférence Interministérielle Drogues (CID), gage que c’est bien l’aspect Santé publique qui prédomine.

Depuis le rapport parlementaire de 1997, repris dans la Note de l’exécutif en 2001 et dans la récente Déclaration Conjointe nous savons que la plus haute priorité ira à la prévention. Il s’agit d’une avancée fondamentale. Selon le rapport parlementaire, cette prévention doit viser la personne globalement (promotion générale de la santé et éducation sanitaire, stimulation des aptitudes sociales et apprentissage de la gestion des risques) mais aussi la structure sociale (lutte contre la précarité, politique sociale). Ne s’agit-il pas d’une belle avancée quand on se rappelle, par exemple, toutes les interventions policières musclées (et traumatisantes pour les élèves) faites au nom de la « prévention » ou encore le surpeuplement carcéral alimenté de façon consistante par des affaires mineures de drogues ?

Le texte précise que « drogues » signifie non seulement substances illicites mais aussi alcool, tabac et médicaments psychoactifs. Le secteur de la prévention ne peut que se réjouir de voir enfin appliquer ce qu’il demande depuis tant et tant d’années. A savoir, une politique cohérente et globale qui prend en compte tous les produits psychoactifs, surtout les plus consommés et les plus légaux.  Rappelons-nous que l’interdiction de certains d’entre eux ne repose sur aucun critère scientifique.

Ensuite, une politique cohérente et globale qui tient compte et fait intervenir les acteurs de terrain là où ils sont et dans le respect de leur domaine de compétence : les enseignants peuvent débattre et sensibiliser à l’école, les thérapeutes en consultation, les éducateurs lors d’un décrochage scolaire, les parents éduquent à la maison, etc.

A l’instar du groupe de travail parlementaire de 1997 qui, suite à l’audition de très nombreux experts et professionnels, considéra que la toxicomanie ne constituait pas en soi un motif justifiant une intervention répressive sauf si l’intéressé avait commis des infractions qui perturbent l’ordre social, nous sommes persuadés que les membres de la CID rechercheront la cohérence, seule garante de progrès sur cette question. En travaillant ensemble sous la présidence de la Ministre de la Santé, les différentes autorités du pays s’apercevront que la voie pénale n’est pas adéquate pour traiter cette question, avant tout sanitaire mais aussi sociale

Les collaborations à établir entre les différents niveaux de pouvoir pour stimuler les initiatives de prévention vont devoir être innovantes car le découpage des compétences n’incite pas à la prévention[4]. Soulignons que les fédérations des institutions pour toxicomanes proposent depuis de nombreuses années qu’une partie des budgets « drogues » (plans drogues, contrats de sécurité) du ministère de l’Intérieur soit attribuée à la Santé.

Les acteurs de terrain savent que la politique en matière de drogues est délicate et complexe. Ils entendent avec intérêt la volonté politique de ne plus appréhender le consommateur de drogue(s) comme un délinquant mais comme une personne ayant, éventuellement, un problème de santé ou une difficulté. Seule la mise en application concrète de ce nouveau paradigme donnera de la cohérence aux politiques futures. Nous ne doutons pas que les professionnels actifs dans ce domaine répondent présents pour informer, conseiller, aider les membres de la CID dans cette tâche.

Infor-Drogues souhaite que les travaux de la CID et de la Cellule Générale Drogues soient à la hauteur des espoirs (historiques) qu’ils suscitent.


[1] Le communiqué de presse du 25 janvier 2010 intitulé « La Conférence Interministérielle Drogues approuve une approche conjointe de la politique de drogues en Belgique » commence par ces mots : « Pour la première fois dans l’histoire de la Belgique »
[2] Concernant les drogues en Belgique, il y a sept ministres de la Santé, le ministre de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires économiques, des Finances, les ministres de la Jeunesse, de la Famille, etc. Bref, vingt-quatre ministres des différents gouvernements (fédéral, communautés et régions) sont signataires de la Déclaration.
[3] Pour ne donner qu’un exemple : une association est subventionnée par la Santé pour tester des substances illicites mais la Justice n’accepte pas d’immuniser ses travailleurs en cas de contrôle.
[4] Voir à ce propos « La prévention des maladies est sous-développée en Belgique », in Éducation Santé n°253, février 2010. L’article propose quelques pistes pour inciter les Communautés à plus d’efforts de prévention.
ParInfor-Drogues
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