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Proposition de loi sur la protection prénatale : un incroyable retour en arrière

GrossesseUne proposition de loi portant sur le bien-être des enfants à naître a récemment été déposée au Parlement fédéral par Valérie Van Peel (N-VA) et John Crombez (SP.a). Dans les grandes lignes, son objectif est de protéger le fœtus des effets de la consommation de drogues de la part de la femme enceinte. L’intention semblerait bonne si elle n’était pas basée sur le fait d’imposer des décisions aux parents si on estime que leur comportement est dangereux pour l’enfant. Une fois encore, ce sont les consommateurs de drogues, légales et illégales, qui sont directement visés, renforçant encore un peu plus la marginalisation et la stigmatisation que leur usage subit déjà. Une proposition paternaliste et régressive qui pourrait avoir des conséquences néfastes aussi bien sur ceux que l’autorité veut contrôler, que sur ceux qu’elle vise à protéger.

Mise sous tutelle, enfermement, sevrage imposé et césariennes forcées, voilà le sort qui pourrait être réservé à ceux et celles qui, selon la justice, ne mettent pas au premier plan l’intérêt de leur futur enfant. Une notion particulièrement vague, puisque l’intérêt de l’enfant n’a été clairement défini nulle part dans cette proposition. Qu’est-ce qui empêcherait donc de dire que le mieux pour un bébé est de grandir dans une maison quatre façades et pas en ville ? Que les parents qui travaillent trop ne peuvent pas accorder à leur enfant le temps dont il a besoin ? Qu’il faut atteindre un certain niveau de vie pour avoir le droit de fonder une famille ? Que l’utilisation de la télé et d’internet et la consommation de café sont déconseillés ? Face à un tel manque de clarté, on est en droit de se demander sur base de quoi et par qui les critères à respecter seront établis.

Vers plus « d’invisibilisation »

Selon la proposition actuelle, un seul critère pouvant impacter le bien-être de l’enfant est explicitement énoncé : le fait que les parents consomment de l’alcool et/ou des drogues illégales. C’est particulièrement le cas pour la femme qui porte le futur bébé que la loi veut protéger. Les personnes qui accueillent et élèvent des enfants tout en faisant usage de psychotropes sont donc par défaut considérés comme moins aptes, sans prendre en compte aucune autre qualité ou défaut dans leur personnalité ou leur éducation. Une perception de l’autorité qui flirte avec les grands principes de l’hygiénisme (voir de l’eugénisme, si ce n’est que le terme renvoie à des pratiques et des idées d’un autre âge) : dans un environnement où le parent usager de drogue est perçu comme ayant un effet négatif sur l’enfant à naître, la suppression du problème (la consommation, ou purement et simplement les parents) le plus tôt possible entraine la disparition de l’effet dans l’optique que l’enfant soit au final de « meilleure qualité ».

Malheureusement ce genre de proposition n’est pas étonnante dans une société où la prohibition est la base de la politique drogue et en consommer est considéré comme une transgression majeure des normes sociales. Il faut néanmoins être complètement aveugle aux effets néfastes de la marginalisation des consommations de drogues pour vouloir continuer dans cette direction. Bien que l’inquiétude face au risque pour le développement du fœtus soit justifiée, l’approche répressive et menaçante ne fera que pousser les parents à « l’invisibilisation ». En effet, la stigmatisation poussera les parents consommateurs à ressentir de la honte et de la culpabilité. La peur de subir le regard désapprobateur de la société et les répercussions judiciaires auxquelles ils s’exposent en dissuadera plus d’un de parler de leur usage de drogues et les éloignera de l’accompagnement médical et psycho-social.

Les femmes particulièrement visées

Un problème encore plus fortement ancré chez les mères et les femmes enceintes qui ont peur d’être perçues comme incompétentes et irresponsables et auxquelles on retire la garde de l’enfant, comme expliqué dans notre article sur l’usage de drogues chez les femmes. Des craintes désormais renforcées ar cette proposition de loi qui appuie légalement leur stigmatisation. Menacées dans leur intégrité physique comme dans leur qualité de mère, elles seront sans doute encore plus nombreuses à éviter ou retarder le plus possible un suivi approprié ou des soins médicaux ou obstétriques pourtant cruciaux pour le bon déroulement de leur grossesse.

Au Brésil, aux États-Unis, en Irlande, au Royaume-Uni, en Italie et dans tous les autres pays où ce genre de règle existe, les exemples alarmants de leur application sont nombreux. Ainsi, dans certains de ces pays[1], une future mère peut être emmenée de force à l’hôpital pour une césarienne non consentie si un juge estime que c’est plus sûr pour l’enfant. Toujours dans ces contextes nationaux de nombreuses femmes se sont vue emprisonnées après qu’un problème ou un accident a mis fin à leur grossesse. Ces arguments ont aussi été régulièrement utilisés dans des pays comme l’Angleterre, où des cas de vols institutionnalisés d’enfants pour ensuite les faire adopter, ont été révélés[2]. Des dispositions qui, bien évidemment, affectent de manière disproportionnée les catégories sociales plus vulnérables[3].

Soutenir au lieu de punir

Il existe pourtant de bien meilleures solutions que cette loi répressive pour aider les parents et leurs futurs enfants à accéder à de meilleures conditions médicales, sociales et environnementales. À Infor-Drogues, nous estimons que la meilleure manière d’accompagner des (futurs) parents consommateurs, est de proposer un suivi complet prenant en compte le contexte dans lequel ils évoluent. Il ne faut pas oublier que chaque usage de drogues, illégales ou légales, est vécu par le consommateur comme une tentative de résolution d’un problème et/ou une réponse à un besoin. Un fait que l’arrivée d’un enfant ne saurait effacer comme par magie. Il est donc primordial d’approcher l’arrivée d’un enfant dans ce genre de situation en apportant un soutien adapté aux besoins particuliers de la famille dans son ensemble.

Dans certains services spécialisés[4], de nombreuses années de prises en charge progressistes ont montré qu’avec des méthodes adaptées et les bons outils, il est tout à fait possible pour ces parents de bien vivre l’arrivée d’un enfant sans enfreindre leurs libertés individuelles. Pour les partenaires consommant de l’alcool et des drogues, la grossesse est sans doute l’un des meilleurs moments pour mettre en place un réseau transversal de professionnels œuvrant dans la confiance et le non-jugement. Dans ce cadre il est primordial de se soucier des besoins et de respecter les choix de chacun, pas de leur imposer un changement drastique de mode de vie. Principe que parait ignorer la proposition de loi, qui choisit plutôt de voir tous les parents usagers comme un danger pour leurs (futurs) enfants.

L’inefficacité des approches basées sur l’obligation, la force et la peur est connue depuis bien longtemps. Mais comme souvent on n’hésite pas à vouloir impliquer la répression dans une problématique qui relève de la santé, et la justice pénale là où le civil est compétent. Au final, cette proposition de loi, si elle est adoptée, ne risque pas de venir en aide à grand monde, tant elle est déconnectée des réalités de terrain. Bien au contraire. Il fait par contre peu de doute qu’elle saura attirer un certain électorat. Des considérations bien futiles, quand on pense à tous ceux et celles qui risquent de subir des traitements inhumains et injustifiables et dont les droits et libertés sont une fois de plus mis en danger.

[1] La protection de “l’enfant à naître”: une mise sous tutelle des femmes enceintes / Marie-Hélène Lahaye,  RTBF.be, juin 2020.

[2] Les Enfants volés d’Angleterre / Film-Documentaire.fr, 2016.

[3] La Belgique avance une nouvelle proposition de loi inquiétante pour les droits des femmes / Marise Ghyselings, Moustique.be, 2020

[4] Guide concernant l’usage de substances psychoactives durant la grossesse / Anne Whittaker (vo), Nicolas Bonnet et Thomas Chihaoui (coordination scientifique vfr), RESPADD, 2013.

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Tournée Minérale : le break avec l’alcool toujours aussi populaire

Comverre d'eaume chaque mois de février depuis 2017, plusieurs dizaines de milliers de Belges se préparent à passer un mois sans boire une goutte d’alcool. Mis en place par la Fondation Contre le Cancer, ce grand défi commun sera cette année légèrement plus long : année bissextile oblige, le mois de février comporte cette fois 29 jours. Un jour de repos de plus pour le foie des participants qui tiendront jusqu’au bout.

Car le but de la Tournée Minérale, c’est bien de constater les effets positifs qui peuvent découler d’une pause dans la consommation d’alcool. Et les résultats semblent satisfaisant. Année après année, 90% des participants[1] déclare ressentir au moins un des effets attendus à la fin de l’expérience : meilleur sommeil, plus belle peau, regain d’énergie, économies d’argent et bien d’autres font partie des bénéfices observables au bout de seulement quelques jours sans alcool.

Un évènement connu bien au-delà de ceux qui y prennent part, puisque selon une étude menée par les organisateurs[2], pas moins de 94% des Belges connait la Tournée Minérale. Après 4 ans, la petite sœur du « Dry January » (le mois de janvier sans alcool pour se remettre des fêtes, lancé il y a dix ans outre-manche) semble avoir trouvé son public chez nous. Ainsi, bien que le nombre de participants officiellement inscrit sur le site diminue d’année en année, la Fondation Contre le Cancer estime que près d’un Belge sur cinq participerait à la tournée minérale[3].

Un chiffre qui paraît presque étonnant, tant le défi déchaine les passions, opposant souvent les adeptes et les détracteurs. Gardons en effet à l’esprit que l’alcool est notre drogue sociale culturelle et que nombreux sont ceux qui ne sont pas prêts à renoncer au verre de rouge du soir ou à la bière d’après le match, et ce même pour un mois… Et ce sans qu’il y ait forcément un problème !

De l’avis d’Infor-Drogues, plus que l’alcool en lui-même, le principal intérêt de la démarche serait de pouvoir distinguer les motivations qui se cachent derrière la consommation des participants. Un travail pas toujours évident et qui semble être mis de côté dans ce genre de défi. Il faut par ailleurs rester attentif à ce que les quelques verres auxquels ceux qui se lancent dans la Tournée Minérale renoncent ne soient pas remplacés par d’autres mauvaises habitudes, comme plus de tabac ou de grignotage. En effet, pendant la période d’abstinence, certains besoins conscients ou inconscients peuvent ne plus être comblés par la consommation d’alcool. La motivation est pourtant toujours là et peut donc appeler à être comblée par d’autres comportements.

Comme toujours, tout cela dépend bien sûr de nombreux facteurs directement attachés à la personne, à son histoire, son environnement ou le contexte dans lequel elle se trouve. Il n’est d’ailleurs pas conseillé aux personnes rencontrant des difficultés avec leur consommation d’alcool de se lancer dans la Tournée Minérale, mais plutôt de se tourner vers des institutions spécialisées, qu’il s’agisse d’Infor-Drogues ou d’une autre. Quoi qu’il en soit, cette initiative reste importante de par le large dialogue qu’elle enclenche autour de l’alcool et de ses effets, et que nous puissions tous, ne serait-ce que pendant quelques jours, nous interroger sur notre relation avec ce produit et de la place qu’il a dans notre vie et dans notre société. Et d’offrir à notre foie quelques jours de vacances bien mérités.

[1] À propos de Tournée Minérale / Janvier 2020.

[2] Tournée minérale, les Belges sont toujours partants? / Kristin Myshkin, Le Soir,  janvier 2020.

[3] Tournée Minérale, édition 2020 / Janvier 2020.

 

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La troisième Tournée Minérale débute ce vendredi

eauPour la troisième année consécutive, plusieurs dizaines de milliers de Belges se lancent le défi de mettre leur consommation d’alcool entre parenthèse du 1er au 28 février. Organisée par la Fondation contre le Cancer (FCC), la Tournée Minérale est l’occasion pour beaucoup de participants de réfléchir à leur relation avec l’alcool et à la place que ce dernier prend dans notre société.

Officiellement, ils étaient plus de 120 000 en 2017 et 105 000 l’an dernier. A quelques heures du début de ce nouveau mois sans alcool, ils sont un peu moins nombreux, près de 50 000, à s’être réellement inscrits sur le site de la FCC. Les organisateurs ne perdent malgré tout pas espoir, estimant qu’un très grand nombre de personne (environ deux millions selon une étude de l’an dernier [1]) participent à cette action sans s’inscrire directement sur le site. Trois quarts d’entre eux avaient relevé le défi avec succès.

Bien plus que le nombre de participants, le Fondation cherche avant tout à ouvrir le dialogue avec le grand public sur la consommation d’alcool et son lien souvent sous-estimé avec le développement de certains cancers. Ainsi, nombreux sont ceux qui croient encore qu’une consommation modérée d’alcool a des effets positifs sur la santé. Or, une récente étude de l’OCDE [2] a montré que les Belges étaient les deuxièmes plus gros buveurs du monde, avec 12,6 litres d’alcool pur par an et par personne, soit environ 250 litres de bières ou un peu plus de 100 litres de vin. Selon l’OMS, il ne faudrait pourtant dans l’idéal pas dépasser les dix verres par semaine, étalés sur cinq jours.

Loin de promouvoir l’abstinence totale, la Tournée Minérale invite cette année encore les participants à ressentir les bienfaits d’une diminution temporaire de l’apport d’alcool. Meilleur sommeil, plus belle peau, perte de poids, économies, regain d’énergie… Lors des éditions précédentes, neuf participants sur dix ont déclaré avoir ressenti au moins un effet bénéfique à participer à cette abstinence temporaire. La tournée minérale permet aussi de changer ses habitudes, notamment en s’ouvrant aux alternatives non alcoolisées comme les boissons soft ou les mocktails, ou plus récemment les bières ou les vins désalcoolisés. Les établissements Horeca sont en effet de plus en plus nombreux à proposer ces alternatives pour contrer la baisse des ventes d’alcool pendant le mois de février.

Comme nous le soulignions déjà l’an dernier, la Tournée Minérale ne saurait servir de tremplin vers l’arrêt pour une personne rencontrant des difficultés face à sa propre consommation d’alcool. Un arrêt soudain pourrait être remplacé par un comportement de substitution. De plus, l’alcool n’est dans ces cas-là jamais la seule difficulté à laquelle la personne fait face. Il faut donc intégrer cet arrêt dans une démarche d’aide plus globale. Si vous vous sentez en difficulté par rapport à votre consommation d’alcool, le mieux est encore de ne pas vous laisser tenter par l’effet de groupe et de nous demander de l’aide sur https://infordrogues.be/ ou au 02 227 52 52 ou auprès de toute autre institution de votre choix.

Et pour les autres, une bonne Tournée Minérale !

[1] ” Tournée Minérale ” vendredi : ” 4 verres de vin par jour augmentent de 50 % le risque de cancer du sein “ / La première, RTBF, 2019.

[2] Panorama de la santé 2017 / OCDE, 2018.

 

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La Belgique ? C’est de la bière

Jupiler - BelgiumIl y a bien longtemps que les publicitaires utilisent de puissants arguments identitaires pour vendre l’alcool. Notre petite vidéo L’alcool, c’est moi en propose un (très) bref tour d’horizon.

Aujourd’hui, la bière “que les hommes savent pourquoi et qui ligue le foot” se donne une nouvelle identité à peu de frais : elle s’accapare la Belgique. L’identité belge gratos.

Il parait que ce n’est que pour cinq mois, jusqu’à la fin de la coupe des marques de bière à laquelle l’équipe d’Inbev s’est qualifiée. Bien sûr, il s’agira de l’encourager, et pour nous aider à ne pas jouer petits bras, nous pourrons compter sur un matraquage publicitaire et médiatique de tous les instants…

Pour Infor-Drogues, l’alcool est un produit qui ne peut pas être laissé aux mains des publicitaires. Supprimer la publicité pour l’alcool serait un pas important vers une meilleure gestion de ces consommations.

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Tournée Minérale : c’est reparti pour un mois sans alcool !

bouteillesIl y a un an jour pour jour, plus de 120 000 Belges s’apprêtaient à passer un mois sans boire d’alcool. Forte de son premier succès, la Tournée Minérale, lancée par la Fondation Contre le Cancer (FCC), remet le couvert pour 28 jours. À quelques heures du lancement de la Tournée 2018, plus de 84 000 participants se sont déjà engagés à ne pas consommer une goutte d’alcool en février.

En proposant ce mois de sobriété, la FCC tente de sensibiliser le public à la lutte contre le cancer, dont 3 % à 10 % des cas seraient causés par l’alcool dans les pays développés[1]. Pourtant, les boissons alcoolisées restent largement bien perçues et même encouragées dans notre société. C’est pourquoi il semble important, aussi bien pour la FCC que pour Infor-Drogues, que chacun ait l’occasion de prendre du recul par rapport à sa consommation. En effet, même si cette dernière n’est pas problématique, le participant peut éprouver des difficultés à résister à une bière après un entraînement ou à du vin en rentrant du travail. Au bout d’un mois, en ayant eu le temps de porter une réflexion sur sa relation avec l’alcool, il sera peut-être plus facile d’en limiter la consommation.

C’est d’ailleurs un des résultats qui est ressorti d’une étude menée par l’Université de Gand en lien avec la Tournée Minérale 2017[2]. Menée en trois phases (avant la Tournée, juste à la fin et six mois après), elle révèle que huit participants sur dix ont pleinement rempli le défi et se sont totalement abstenus de boire pendant la durée de la campagne. Par ailleurs, un certain nombre d’entre eux dit avoir changé de comportement par rapport à l’alcool après avoir participé au défi. Un changement qui semble durer dans le temps, puisque l’étude montre que le nombre de verres consommé en moyenne par les répondants est passé de dix à huit par semaine. La plupart des participants disent aussi avoir plus facile à refuser un verre ou à se passer du « petit verre » automatiquement dégusté en fin de journée.

Selon Infor-Drogues, cette diminution de la consommation ne peut être que bénéfique. Il nous semble en effet important de marquer une pause dans son apport d’alcool au moins une fois par semaine. L’alcool a un effet sur de très nombreux organes, le corps a du coup besoin de ces périodes pour se reposer et se réhydrater[3]. verre poissonSans pour autant être prohibitionnistes, nous ne pouvons donc qu’approuver l’idée de s’en passer pendant un mois entier. Toujours d’après l’étude de l’UGent, 41 % des participants se sentent mieux dans leur peau et neuf personnes sur dix ont ressenti au moins un des effets bénéfiques liés à l’arrêt de l’ingestion d’alcool[4]. Les participants à la Tournée Minérale ont constaté qu’ils avaient plus d’énergie, un meilleur sommeil, perdu du poids, une plus belle peau ou fait des économies. Par ailleurs, une étude de l’University College London montre que l’arrêt d’alcool pendant un mois chez les sujets observés a fait chuter la tension artérielle, le taux de cholestérol, ainsi que les chances de développer du diabète ou une maladie du foie[5].

Mais, bien sûr, les effets ressentis lors de l’arrêt d’alcool pendant la Tournée Minérale varient fortement d’une personne à l’autre, en fonction de l’importance de la consommation qui est mise en pause. Une personne qui boit très rarement (un ou deux verres par mois) ne ressentira pas autant de changement que quelqu’un qui consomme une dizaine de verres par semaine. Pour les plus gros consommateurs, il se peut même que les premiers jours de la Tournée Minérale soient difficiles, puisqu’ils pourraient ressentir certains symptômes de manque[6]. Il semble important de préciser que Tournée Minérale ne cible pas les personnes ayant un problème de consommation d’alcool mais les invite plutôt à consulter un professionnel de la santé ou une association spécialisée (sans toutefois faire de liens vers certaines). Si cela peut paraître paradoxal au premier abord, ce conseil est en fait tout à fait sensé. Il semble en effet peu probable que quelqu’un ayant un problème de consommation puisse y remédier durablement en stoppant nette toute consommation, sans aide et sans conseil.

Bien qu’Infor-Drogues soit largement favorable au principe de Tournée Minérale, il semble que cette action soit très largement portée sur le fait que le produit – en l’occurrence l’alcool – est le problème. Or, selon nous, le problème dépasse le cadre du produit, et aider les personnes qui en font la demande passe par un processus beaucoup plus complexe que de pointer du doigt une substance, et beaucoup trop long pour être entièrement abordé en un mois. Il nous semble aussi important de se demander si, dans certains cas, l’arrêt de la boisson ne s’est pas fait au profit de l’adoption d’un comportement de substitution, comme éventuellement le grignotage ou la cigarette. Enfin, Infor-Drogues déplore l’organisation de ce qui semble être des « coups marketings » de la part de certaines marques ou entreprises, dont le partenariat avec la Tournée Minérale nous apparaît comme un simple moyen de surfer sur le succès de cette action, sans en endosser vraiment le principe et les valeurs.

Au final, Tournée Minérale est une initiative basée sur un principe intéressant et qui ne peut pas faire de mal. Bien au contraire, pour ceux qui font régulièrement des écarts, cette action a de grandes chances de faire du bien. Convivial et populaire, cet événement amène presque chacun, à sa manière, participant ou pas, à discuter de sa consommation d’alcool. De très nombreuses personnes vont tenter de relever un défi qui semble presque fou aujourd’hui, dans une société où l’alcool est omniprésent. Certains vont réussir, d’autres vont renoncer, ou céder à un moment de faiblesse avant de reprendre. Il est presque certain que la plupart auront plus ou moins repris leurs habitudes quand arrivera le mois de mars. Tout en souhaitant bonne chance aux candidats, Infor-Drogues espère qu’ils mettront cette parenthèse à profit pour faire en sorte que Tournée Minérale ne soit pas simplement un défi un peu farfelu, mais qu’il s’accompagne d’une véritable réflexion sur la place et l’importance de l’alcool dans leur vie, tout en accordant un peu de répit à leur foie.

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[1] Février sans alcool. Chiche ! / Laurence Dardenne. La Libre, 2017.

[2] Tournée Minérale a modifié durablement les comportements. Tournée Minérale, 2017.

[3] Un mois sans consommer d’alcool : effet de mode ou véritable bénéfice pour la santé ? / Anaïs Chabalier. Femme Actuelle, 2018.

[4] Tournée Minérale : déjà plus de 62.000 inscrits. Le Soir, 2017.

[5] Abstaining from alcohol for ‘dry January ‘ reduces liver damage and blood pressure, study finds / Serina Sandhu. The Independent, 2015.

[6] Un mois sans alcool : pas que des effets positifs / Olivia Lepropre. Le Vif, 2018.

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