Cannabis (suite)

Généralités

Le cannabis est une plante proche du houblon, qui peut être cultivée en tant que chanvre (cannabis sativa)  à destination industrielle (production de fibres ou de produits cosmétiques). C’est la résine de la plante “cannabis” qui contient la substance active responsable des effets psychotropes (psychotrope = “qui a un effet sur le mental”) : le tétrahydrocannabinol ou THC.

Variantes

De l’Inde au Moyen-Orient en passant par l’Amérique du Sud, le cannabis porte des noms différents et fait l’objet de préparations multiples en fonction des cultures et des traditions : Marijuana au Mexique, Bangh et Gandjah en en Inde, Kief au Maroc et en Algérie, Charas au Népal, Haschich au Moyen Orient et en Afrique du Nord. La langue française lui a attribué des noms d’argot très divers : Shit, Pot, Marie-Jeanne, Taf, Pétard

Les principales préparations obtenues à partir du cannabis sont :

  • l’herbe (marijuana, weed…),
  • le haschisch (hash, shit…),
  • l’huile

Il est important de ne pas confondre le cannabis synthétique (cannabinoïdes de synthèse) préparé en laboratoire avec les préparations naturelles obtenues à partir de la plante (herbe et haschich).

marijuana

Marijuana (weed, beuh, herbe)

L’herbe

La marijuana est composée des feuilles supérieures et surtout des fleurs séchées. Sa teneur moyenne en THC est de 2 à 10 %. Aux Pays-Bas, on trouve néanmoins des plantes cultivées en intérieur dont la teneur en THC est bien supérieure (+/- 30 % dans le cas des Nederwiet, Skunks et autres variétés).

 

haschich

Haschich (shit, chichon, hash)

Le haschich

Le haschich est fabriqué à partir de la résine produite par la plante. Il se présente sous la forme d’une pâte assez dure, dont la couleur varie du vert au noir, en passant par le brun. Sa concentration moyenne en THC est de 5 à 25 %. Le “skuff” en est une variante hollandaise: de couleur vert clair, ce “pollen” est obtenu par congélation et centrifugation. Sa teneur en THC est variable.

Jusqu’à la fin des années ’90, le haschich était 4 à 10 fois plus concentré que la marijuana [1]. Ce n’est plus le cas actuellement : les deux variétés présentent des taux de concentration similaires. Cela dépend de la culture (en nature vs sous lampe) et/ou de leur lieu géographique de production.

 

huile (@weedporndaily)

Huile

L’huile

L’huile est un produit peu utilisé, fabriqué à partir du haschisch. Elle a l’aspect d’une pâte visqueuse, le plus souvent marron foncé. Sa teneur en THC peut atteindre 50 %. L’huile est une préparation rare, car très coûteuse. On n’en trouve en Europe qu’à titre exceptionnel.

Histoire

Le cannabis a été cultivé à travers les siècles pour ses qualités horticoles et psychotropes.

La Chine aurait utilisé cette plante comme psychotrope depuis au moins 2700 av. J.-C.
En Europe, Napoléon (XVIIIe siècle) en interdit la vente et l’usage, ce qui n’empêcha pas l’apparition de salons fumoirs clandestins. Parallèlement, des médecins s’y intéressèrent dans le cadre de traitements des troubles mentaux. La plante servit dans certaines préparations pharmaceutiques jusqu’en 1960.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le cannabis fut utilisé pour ses fibres de très bonne qualité. Celles-ci servaient alors à réaliser des cordages, voiles de bateau, etc.

Aujourd’hui, on en redécouvre l’usage comme matériau de construction, de papeterie, de textiles, de cosmétiques, etc.

Désormais, le THC et le CBD servent de modèles pour l’élaboration de nouveaux médicaments de synthèse (exemple : Sativex). Il est utilisé médicalement dans certains pays pour réduire les douleurs et combattre les effets secondaires des chimiothérapies, ainsi que les symptômes liés au sida, au cancer, à la sclérose en plaques, notamment.

Les usagers

Entre 15 % (Wallonie) et 22 % (Bruxelles) de la population a déjà fumé du cannabis une fois au cours de sa vie [2]. Il n’y a pas de portrait type de l’usager. Toutes les périodes de la vie sont concernées, bien que les personnes âgées de 15 à 34 ans soient les plus concernées selon l’EMCDDA [1].

La majorité des consommateurs de cannabis en font un usage occasionnel et festif, mais d’autres développent une dépendance avec un usage quotidien (comparable à l’usage du tabac).


Consommations

Fumé

Le haschich et l’herbe peuvent être mélangés au tabac dans une pipe ou, le plus souvent, dans une cigarette roulée à la main : c’est ce qu’on appelle un joint, un pétard ou un stick. Dans bien des cas, le rituel social qui accompagne la consommation du cannabis (le groupe se passe le joint…) est tout aussi apprécié et recherché que les effets du produit.

Ingéré

Le cannabis peut aussi être cuisiné et ingéré (beurre de cannabis, space cake, infusions…).

Effets

Les effets, variables, du cannabis dépendent de/du :

  • l’âge du consommateur
  • sa santé générale
  • la quantité et la qualité du produit
  • dosage en substances actives présentes dans le produit;
  • la condition physique du consommateur;
  • son humeur, de ses attentes, de sa personnalité, de son mode de vie;
  • l’environnement, favorable ou non, dans lequel se réalise la consommation.

L’effet principal du cannabis est de stimuler et de modifier l’imagination, l’humeur, les sensations et les comportements. La perception du temps et de l’espace peut être altérée et des associations d’idées diverses et variées sont susceptibles de se présenter à l’esprit.

Le cannabis agit comme un amplificateur de l’humeur. Dans le cas où une personne se porte bien, le cannabis peut accentuer la légèreté d’esprit et déclencher l’euphorie. Inversement, il peut engendrer des malaises chez les personnes anxieuses ou sujettes à dépression. Dans ce dernier cas, le bad trip est possible.

Lors de la première consommation, les effets sont souvent incertains. Certains usagers ne ressentent pas d’effets ; d’autres sont pris de fous rires suivis d’un appétit féroce et d’autres encore ont des réactions de paniques avec ou sans hallucinations.

Effets recherchés

  • légèreté d’esprit, euphorie, hilarité
  • perceptions spatio-temporelles modifiées
  • perceptions sensorielles modifiées
  • impression de planer
  • inhibition et facilité de communication

Effets non recherchés

  • Diminution de la concentration et altération de la mémoire à court terme
  • Ralentissement du rythme général et augmentation du temps de réaction
  • Troubles du mouvement, vertiges, détente musculaire, parfois somnolence
  • Hallucinations possible (en cas de prise rapide d’une quantité élevée de THC, notamment avec l’huile)
  • Sécheresse de la bouche, blanc de l’œil rougi
  • Hypoglycémie : diminution du niveau de glucose dans le sang, ce qui est responsable de la sensation de faim après la consommation.
  • Modification du rythme cardiaque et de la pression artérielle

Parfois, des sensations angoissantes peuvent survenir lors de la montée des effets du produit.

Durée des effets

  • Lorsqu’il est fumé : un joint est fumé en quelques minutes. Les effets surviennent environ après 10-20 minutes et peuvent durer de 2 à 4 heures.
  • Lorsqu’il est ingéré : les effets sont plus imprévisibles que lorsque le cannabis est fumé, car le consommateur n’a aucune idée de la dose ingérée. Ceux-ci se ressentent subitement au bout d’une heure en moyenne et peuvent durer jusqu’à 24 heures selon le dosage.

Qu’est-ce qu’on risque?

Risques liés à la consommation elle-même

  • Il n’y a pas de doses mortelles de cannabis.
  • Fumé, le cannabis fait courir les mêmes risques que le tabac (irritations, cancer des voies respiratoires), a fortiori s’il est mélangé au tabac.
  • Quand le cannabis est avalé (sous forme de « space cake » ou autres), les effets peuvent être plus puissants que lorsque le cannabis est fumé. En effet lorsqu’il est mangé le cannabis agit quelques heures plus tard et peut donc surprendre le consommateur par l’intensité des effets. Il y a également un risque de consommer plus qu’on ne le souhaiterait.
  • Comme avec les autres produits (y compris les médicaments) le mélange cannabis avec d’autres substances peut provoquer des effets imprévus…

Deux notions sans fondements scientifiques

  • La théorie de l’escalade (passage automatique d’une drogue à l’autre ; dans le cas du cannabis, celui-ci « pousserait » l’usager à prendre des produits plus « durs ») à laquelle nous préférons la théorie de la porte d’entrée (théorie de nature sociologique expliquant que l’usage clandestin et régulier du cannabis conduit le consommateur à sa voir proposer d’essayer d’autres drogues illégales ce qui peut exposer les personnes plus vulnérables à essayer d’autres produits.
  • Le syndrome amotivationnel (perte automatique de toute motivation hormis la consommation de cannabis) qui n’est bien souvent qu’un aspect d’un tableau clinique comprenant dépression, décrochage scolaire, problème familiaux, pression du groupe des pairs, etc.

Flip et mauvaises expériences

Le cannabis, à l’instar de la plupart des drogues, renforce l’état d’esprit du consommateur. Si ce dernier est mal dans sa peau, une crise d’angoisse ou de panique peut survenir. C’est ce qu’on appelle “flipper”.

Dans ce cas, il est préférable que le consommateur cherche un endroit tranquille, s’entoure de personnes de confiance, boive quelque chose de sucré. Ces effets indésirables se seront dissipés après environ une heure.

Dépendance ou pas dépendance?

Il y a dépendance physique lorsque :

  1. un phénomène de tolérance s’installe (l’accoutumance)
  2. lorsque un syndrome de sevrage est observable suite à l’arrêt de la consommation.

La tolérance pharmacologique au cannabis

La tolérance à un produit se définit par le besoin d’augmenter les doses afin d’obtenir le même effet.

Concernant la tolérance au cannabis, les scientifiques sont maintenant d’accord sur le fait qu’elle se développe lors d’un usage régulier (quotidien) et prolongé. Plus la consommation est fréquente et plus la teneur en THC est forte, plus la tolérance sera importante et rapide.

Comparé à d’autres substances psycho-actives, la tolérance au cannabis reste de manière générale faible.

La syndrome de sevrage

Plusieurs études tentent de démontrer l’existence d’un syndrome de sevrage et de le mesurer. A l’heure actuelle nous constatons une absence de consensus dans l’interprétation des résultats ainsi que l’absence d’une définition du sevrage spécifique au cannabis.

Voici ce que l’on peut lire dans la littérature spécialisée :

Les symptômes de manque énumérés par les différentes études sont les suivants : sueurs, anxiété, agitation, nervosité, maux de tête, nausées, troubles du sommeil, diminution de l’appétit et du poids corporel, douleurs ou crampes d’estomac, et tremblements (Kaplan et Sadock, 1998 ; Ashton, 2001 ; Johns, 2001).

D’autres études récentes tentent de décrire le déroulement temporel de ce sevrage mais nous observons que l’intensité et la durée de ses symptômes différent d’une expérience à l’autre. Selon ces études, les symptômes apparaîtraient 3 à 7 jours après l’arrêt de la consommation et pourraient durer entre 4 à 15 jours selon les études. L’irritabilité pourrait perdurer un mois (Kouri E.M. et coll., 1999 ; Budney A.J. et coll., 2003).

Nous attirons également l’attention sur le fait que ces symptômes de « manque » peuvent également s’inscrire dans un contexte de dépression et /ou d’anxiété. Il est donc difficile de les distinguer facilement sans demander l’avis d’un professionnel de la santé.

Il faut donc considérer ces données avec prudence mais retenons tout de même qu’une proportion significative des fumeurs de cannabis éprouvent des difficultés à stopper leur consommation et ressentent un malaise lorsqu’ils l’interrompent. La façon de ressentir un inconfort varie d’une personne à l’autre : les symptômes peuvent être tantôt physiques tantôt psychologiques. Il semblerait que ces personnes soient de plus en plus à la recherche d’une aide pour arrêter ou reprendre le contrôle de leur consommation. Surtout si celle-ci interfère avec des activités quotidiennes.

La dépendance physique

La dépendance physique au cannabis soulève encore beaucoup de questions et de polémiques.

En effet, certains scientifiques critiquent beaucoup de nombreuses études car les biais méthodologiques sont importants (par exemple la dépendance à la nicotine n’est pas toujours prise en compte). De plus, les symptômes observés ne sont peut être pas spécifique au cannabis. Par exemple, une personne dépendante aux jeux de hasard qui doit s’abstenir de jouer peut ressentir un malaise physique semblable à celui décrit pour le cannabis (irritabilité, insomnie, sueurs, etc). Pourtant il ne s’agit pas d’une dépendance lié à un produit pour autant (Smith N.T., 2002).

De manière prudente, nous dirions que l’usage excessif et prolongé de cannabis peut provoquer une légère dépendance physique (Eehr et coll., 1983 ; O’Brien, 2001) qui touche une faible proportion de consommateurs (Hall, Room et Bondy, 1999 ; Institute of Medecine, 1999). Cela rejoint la description du Manuel Diagnostique et Statistiques de l’Association américaine de psychiatrie (DSM IV) qui précise que la dépendance au cannabis n’est pas , en général, de nature physique.

La dépendance psychologique

Le consensus est ici plus clair. La communauté scientifique s’accorde pour dire qu’une dépendance psychologique peut s’installer chez certains usagers. Elle se manifeste par une envie très intense de consommer pour se sentir bien, surmonter ses difficultés, décompresser, dormir, réaliser certaines activités, etc.

La consommation devient alors une habitude ou une nécessité pour soi.

Par ailleurs cette dépendance psychologique n’est pas aussi tyrannique que celle provoquée par des produits tels que l’alcool, la cocaïne ou l’héroïne. Toutefois certains consommateurs peuvent néanmoins perdre le contrôle de leur consommation.

Cannabis et psychose

Depuis 2003, ce sujet fait beaucoup parler de lui mais reste controversé. Plusieurs études sont en cours.

Pour le dire simplement, aujourd’hui il est prouvé que des doses élevées de THC produisent parfois de la confusion, des illusions, de l’anxiété et de l’agitation. Toutefois, de telles réactions sont rares et dans la plupart des cas les effets disparaissent rapidement après l’arrêt du cannabis. Néanmoins, certaines personnes présentent des prédispositions (peut-être génétiques) à des troubles psychiques graves (schizophrénie, psychose…). Dans ces cas relativement rares mais non moins préoccupants , il y a un consensus scientifique pour affirmer que la consommation de cannabis – même à faible dose – peut précipiter ces troubles (Degenhardt L. et coll., 2003 ; Verdoux H. et coll., 2003).

La revue d’Arseneault et coll. (2004) estime que le risque est modéré mais qu’il est loin d’être marginal compte tenu de la large exposition des adolescents à cette consommation. Ces auteurs concluent donc que le cannabis, bien que n’étant ni nécessaire, ni suffisant, peut être un facteur déclenchant de schizophrénie chez ces personnes prédisposées.

Risques liés au caractère illégal du produit

  • La qualité du produit n’est jamais assurée. Le cannabis fait néanmoins rarement l’objet de “coupage” dangereux.
  • On le trouve sur le marché clandestin chez des vendeurs qui, parfois, proposent d’autres drogues. Le contact est donc établi entre un consommateur bien souvent “récréatif” de cannabis et les drogues dures.
  • La consommation de cannabis étant illégale, elle est loin d’être culturellement et socialement acceptée, contrairement à l’alcool. Elle entraîne un risque de rejet social (perte d’amis, éloignement des proches, problèmes sur le lieu du travail ou à l’école, etc.).
  • Le risque principal du consommateur de cannabis est de s’exposer aux sanctions judiciaires. Voyez, au chapitre suivant, ce que dit la loi. (Le cannabis laisse des traces dans les urines jusqu’à 6 semaines en fonction de la dose. Après une seule prise, il peut donc être détecté dans les urines.)

Quelques conseils de réduction des risques

  1. En cas d’effets indésirables, cherchez un endroit tranquille, un entourage apaisant, buvez quelque chose de sucré. Surtout ne paniquez pas: dans une heure, ces effets négatifs seront passés.
  2. Les space cakes mettent du temps à produire un effet (+/- 1 heure): soyez patient et ne cédez pas à la tentation d’en reprendre, car vous ne connaissez pas la quantité de produit qui a été incorporée et donc la puissance des effets. Si vous en reprenez, vous risquez d’être complètement dépassé par les effets.
  3. Le cannabis modifie la capacité de concentration: n’en consommez pas à l’école, au travail, au volant ou lorsque vous travaillez sur des machines.
  4. Dans la mesure du possible, n’achetez pas de cannabis auprès de personnes inconnues. Informez-vous sur la qualité du produit auprès de personnes de confiance.
  5. Si vous vous sentez mal ou avez une quelconque appréhension, reportez l’expérience.
  6. Comme pour les autres substances psychotropes, évitez de consommer de l’alcool en même temps.
  7. Il est déconseillé aux femmes enceintes et allaitantes de consommer du cannabis.
  8. Si la police se présente à votre domicile , elle n’a pas le droit d’entrer sans un mandat. Rien ne vous oblige à signer un accord de perquisition.
  9. Le cannabis augmente le désir de contact: n’oubliez pas votre préservatif en cas de relations sexuelles!
  10. Si vous ne vous sentez plus maître de votre consommation, parlez-en à une personne de confiance.

Que faire en cas d’urgence?

En cas de mélange de cannabis avec d’autres substances, les informations suivantes peuvent s’avérer utiles:

  • En cas de malaise, si la personne est consciente, amenez-la au calme, rassurez-la, aérez-la, offrez-lui de l’eau.
  • Si la personne est inconsciente, appelez d’urgence les secours: formez le n°100 ou n°112 (service médical d’urgence – appel gratuit).
  • Décrivez la personne comme suit: est-elle consciente ou inconsciente, respire-t-elle ou non, son coeur bat-il ou non. Donnez l’adresse exacte (rue, n°, étage).
    L’état de la personne et le lieu de l’accident sont les deux seules informations nécessaires! Une fois le personnel médical sur place, signalez-lui les produits consommés; il est tenu au secret professionnel.
  • En intervenant rapidement, vous pouvez lui éviter des problèmes graves, peut-être même lui sauver la vie. Pensez-y!
  • Si l’accident a lieu dans un endroit privé, la police n’est pas autorisée à y pénétrer sans un mandat.

En cas d’urgence

Centre anti-poison : 070/245 245
SOS médecins (à Bruxelles) : 02/513 02 02
Autres services de garde: 100

Vous pouvez également consulter notre brochure de réduction des risques dédiée au cannabis

[1] Belgium : country drug report 2017. EMCDDA, 2017.