Archive de l’étiquette prohibition

[Dans la presse] La xylazine est-elle arrivée en Belgique ? (Bel RTL)

La xylaxine est-elle arrivée en Belgique ? Alors que sa présence sur le territoire Belge n’est pas encore confirmée, la xylazine provoque déjà l’émoi dans la presse. C’est la vidéo d’un homme filmé dans la rue et présentant une gestuelle inhabituelle qui a lancé la rumeur. Il n’en fallait pas plus pour s’alarmer de l’arrivée de la « Drogue du Zombie » en Belgique. Un traitement médiatique qui ne fait rien pour contribuer à l’information, la réduction des risques ou la déconstruction des stéréotypes qui entourent la consommation de drogues illégales. C’est pourquoi Infor-Drogues a répondu aux questions de Bel RTL Soir dans une interview que vous pouvez retrouver ci dessous.

 

Des consommations plus visibles

Si cette vidéo fait tant parler d’elle, c’est justement parce qu’elle à pu être filmée dans la rue. Des scènes de ce type semblent en effet être plus souvent observées, amenant beaucoup à croire que les consommations de drogues sont plus nombreuses qu’avant. En réalité, ce ne sont pas ces comportements qui ont augmenté, mais plutôt leur visibilité. Depuis les crises successives de ces dernières années, la précarité et le mal-être sont en augmentation constante. Des circonstances qui font que de plus en plus de personnes se retrouvent mal ou pas logées. Pour faire face à ces conditions de vie difficiles, certain·e·s se tournent vers les drogues légales ou illégales, par exemple pour gérer les émotions intenses liées à leur situation. A défaut d’avoir un endroit privé et sûr à disposition, ces usages ont lieu dans la rue.

Plutôt que se préoccuper de la présence d’un produit ou l’autre sur notre territoire, c’est donc de l’augmentation de la précarité et de la stigmatisation qu’il faut s’inquiéter. Or, face aux consommations, les autorités répondent encore quasi systématiquement par la criminalisation. Une solution qui n’en est pas une, puisqu’elle ne fait qu’augmenter les problèmes des personnes qui vivent déjà dans des situations difficiles, ce qui peut encore renforcer le besoin se tourner vers les drogues. Ainsi le serpent se mord la queue, et le système se nourrit de ce qu’il crée lui-même.

La fiction et la réalité

Face aux images, l’emballement est d’autant plus absurde qu’il est impossible de lier un comportement à une drogue en se basant sur une simple vidéo. Les images en question pourraient en effet avoir des explications différentes. Une vidéo n’est pas un rapport toxicologique. De nombreuses autres drogues légales ou illégales pourraient expliquer ce comportement. Il pourrait aussi s’agir de l’expression d’un trouble psychologique. La vérité est que nous n’avons aucun moyen de le savoir. La personne concernée ne saurait peut-être même pas lever le mystère.

C’est l’un des effets de la prohibition : une drogue illégale, on ne sait pas ce qu’il y a dedans. Pas de cadre de fabrication, pas de contrôle de qualité, aucune certitude sur le dosage. A tout moment, les réseaux qui contrôlent la vente de ces produits peuvent décider de faire des économies en les coupant avec d’autres produits moins cher, tout cela à l’insu de l’usager·ère. Un procédé et une absence de normes qui peuvent avoir des effets désastreux sur la santé publique. La xylazine peut en effet provoquer des abcès internes plus compliqués à détecter, et ne dispose pas d’un antidote en cas de surdose[1].

Alors que les États-Unis s’inquiètent de la propagation rapide de ce produit, la solution se trouve déjà dans le passé. Au XXe siècle, la prohibition de l’alcool a fait naître et proliférer les mafias, qui fabriquaient et distribuaient illégalement de l’alcool de mauvaise qualité. Face à l’explosion de la criminalité et des problèmes de santé engendrés par l’alcool frelaté, l’État à fait marche arrière, optant plutôt pour une production et une vente légale, contrôlée et encadrée. Une solution qui avait à l’époque réglé bien des problèmes pour cette drogue en particulier. Un siècle plus tard, il est plus que temps que les États se décident à tenter une nouvelle fois l’expérience.

 

[1] Xylazine, la drogue «zombie» qui crée des plaies jamais vues, Thomas Messias, Slate, mars 2023

ParInfor Drogues & Addictions

[Dans la presse] QR le débat : Plus de drogues, moins de sécurité ? (La Une)

Notre chargé de communication, Antoine Boucher, était invité à participer à l’émission QR, le débat télévisé de La Une, sur le thème des drogues et de la sécurité. Entre les violences des réseaux criminels à Anvers, les consommations visibles dans l’espace public, et les faits divers impliquant des personnalités connues, les drogues sont omniprésentes dans l’actualité. Relayées et mises en récit par les médias, les informations sur les drogues sont présentées au grand public sous l’angle du sensationnel, de la violence et de la morbidité.

Une vision qui crée et entretient des représentations négatives et qui contribue à la déshumanisation, la marginalisation et à la criminalisation des consommateur·ice·s. Pour le public, ce genre de traitement médiatique engendre une fascination, et rend difficile une pensée critique, car il faut d’abord déconstruire le discours intégré et relayé depuis des dizaines d’années. C’est pourtant ce que nous nous efforçons de faire au travers de nos interventions dans les médias. Bien que notre analyse se heurte souvent au discours des politiques et au ressenti des témoins, il est selon nous important de continuer à être présent dans ces espaces pour tenter au mieux de nos moyens de combattre les stéréotypes et décaler le discours entourant les consommations de drogues légales ou illégales.

Retrouvez ci-dessous une sélection d’extraits de l’émission, comprenant l’intervention de notre chargé de communication. Pour visionner l’émission dans son intégralité, cliquez sur ce lien.

 

ParInfor Drogues & Addictions

[Dans la presse] Alerte au nouveau cannabinoïde HHC (MediQuality)

Depuis quelques mois, l’hexahydrocannabinol, dit HHC, gagne en popularité et commence à faire son chemin jusque dans les boutiques de CBD. Cette molécule, dérivée du THC et produisant des effets similaires, bénéficie jusqu’à présent d’un vide juridique qui le rend en pratique légal. Ce n’est pas la plante de cannabis qui est illégale, mais bien la molécule qu’elle contient. En synthétisant de nouvelles molécules à partir des existantes, on échappe ainsi, souvent temporairement, aux risques judiciaires que comportent les drogues illégales.

Mais ce processus de fabrication pose des questions, notamment quant à la composition du produit final, et aux risques qu’il peut comporter pour les consommateur·rice·s. Dans une récente interview, le ministre français de la santé a donc indiqué que le HHC serait certainement bientôt interdit. Chez nous, en Belgique, sa vente est déjà restreinte, et interdite dans les boutiques de CBD. Mais comme pour les autres drogues illégales, interdire cette molécule n’aura pas d’effet positif. Selon nous à Infor-Drogues, interdire un produit ne fait que contribuer à la stigmatisation et à la marginalisation des personnes qui les consomment. Une interdiction qui se dispense d’informer le public sur la composition, les effets et les risques potentiels. Et cela pousse bien souvent les consommateur·rice·s vers le marché noir, qui ne se prive jamais de proposer de nouveaux produits.

L’inefficacité de la prohibition des « nouvelles drogues », c’est le sujet qu’aborde notre chargé de communication dans l’article de MediQuality consacré à l’émergence du HHC. Vous pouvez le consulter en cliquant sur ce lien.

ParInfor Drogues & Addictions

Chers États prohibitionnistes, vous avez du sang sur les mains

Chers États prohibitionnistes, vous avez du sang sur les mains« Chers consommateurs de cocaïne, vous avez du sang sur les mains »[1], « Les consommateurs doivent savoir que notre sécurité est en danger par leur utilisation. Ils doivent vraiment se regarder dans le miroir »[2]. A entendre certaines personnalités politiques et judiciaires, les consommateur·rices de cocaïne sont les seuls et uniques responsables de l’existence et la violence des réseaux criminels auprès desquels iels se fournissent. Ce n’est pourtant pas la consommation de drogues illégales qui a fait naitre et prospérer le marché noir et ses entrepreneurs. Ceux qui ont mis en place les réseaux criminels qui produisent et distribuent la cocaïne, ce sont les États qui mettent en œuvre les politiques prohibitionnistes et la « guerre contre les drogues[3]».

Or, si les drogues – qu’elles soient légales comme le tabac ou illégales comme la cocaïne – continuent d’être consommées malgré les risques judiciaires et/ou de santé, c’est parce que ces produits remplissent pour leurs utilisateurs des fonctions essentielles. Dans le cas des utilisateur·rices de cocaïne, perçu·es comme des fêtard·es irresponsables et égoïstes[4], la ligne téléphonique d’Infor-Drogues[5], lorsqu’elle est sollicitée, découvre en réalité une consommation plutôt liée au travail. À une époque où les employeurs sont de plus en plus exigeant avec les travailleur·euses[6], certain·es recourent à ces drogues illégales pour être aussi bon·nes, voire meilleur·es, que leurs collègues, ou gérer le stress qu’impliquent des exigences de performance. Les autorités s’obstinent donc à pénaliser ceux qui tentent, certes à leur manière, de satisfaire à certaines normes très impératives de la société.

A cet égard, l’échec de la prohibition de l’alcool aux États-Unis peut servir d’exemple. Poussée par des groupes puritains, l’interdiction totale par le gouvernement américain de la fabrication, vente et consommation d’alcool a donné naissance à de multiples mafias, qui produisaient et écoulaient de l’alcool illégalement dans tout le pays et dans toutes les couches de la société. Cette politique prohibitionniste n’a fait qu’augmenter les problèmes sanitaires liés à l’alcool de mauvaise qualité et a fait exploser la corruption et la violence entre bandes rivales. Après treize longues années, le gouvernement fédéral américain a fait marche arrière, estimant plus sage d’encadrer cette consommation puisque des millions de citoyen·nes n’arrivaient pas à arrêter malgré la prohibition.

Combien de temps faudra-t-il encore avant que les États ne se rendent compte qu’ils sont les seuls à pouvoir changer le système qu’ils ont mis en place, qui engendre toujours plus de violences et fait toujours plus de victimes ?

 

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[1] Propos tenus par l’avocat anversois Walter Damen dans De Standaard, « Belgique. Violences liées au trafic de drogue : quelle est la part de responsabilité des consommateurs ? », 25 aout 2022.

[2] Déclaration du ministre des Finances Vincent Van Peteghem, « Décès d’une enfant lors d’une fusillade à Anvers: « Les consommateurs doivent se regarder dans le miroir », LN24, 10 janvier 2023.

[3] L’exemple d’Anvers montre bien que la « guerre à la drogue » crée de la violence puisque c’est suite au succès de l’enquête policière sur le réseau SKY ECC que la violence des trafiquants s’est déchaînée, probablement pour occuper le terrain.

[4] Idem, propos tenus par l’avocat anversois Walter Damen dans De Standaard.

[5] A la ligne d’écoute téléphonique (02 227 52 52), 506 personnes ont évoqué une consommation de cocaïne, soir dans 21% des appels. Du côté de la permanence électronique, les utilisateurs évoquent ce produit dans 31% des cas.

[6] Il suffit de penser au sort de employés de Delhaize, dont les magasins risquent de devenir franchisés, ce qui les obligerait à travailler plus tout en gagnant moins d’argent.

ParInfor Drogues & Addictions

[TV Infor-Drogues] Entretien avec le Service Droit des Jeunes de Bruxelles

Entretien SDJLa crise du Covid-19 a provoqué un énorme changement dans notre société, entrainant pour chacun des restrictions de libertés qui commencent seulement à être levées aujourd’hui. Relativement épargnés sur le plan de la santé physique, les jeunes ont par contre subi de plein fouet les règles d’isolement et de distanciation sociale, avec des conséquences désastreuses sur leurs besoins sociaux et identitaires, et donc sur leur santé mentale. Mais si la crise sanitaire a plus que jamais révélé le poids des restrictions sur la vie quotidienne, c’est toute une catégorie de public fragilisé, dont fait partie la jeunesse, qui subit depuis plusieurs années le glissement de notre société vers plus d’interdit et de sécuritaire, entrainant exclusion, peur et injustices.

Pour parler des nombreux liens entre jeunesse, droit et consommation de drogues légales ou illégales, nous recevons Christelle Trifaux, directrice du Service Droit des Jeunes de Bruxelles, un service d’information et d’accompagnement socio-juridique pour le jeune public.

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ParInfor Drogues & Addictions

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