Société, drogues et adolescence

L’air du temps

Le modèle de vie proposé… Si auparavant la vie était considérée comme un destin collectif, aujourd’hui la vie est un destin personnel : chacun doit l’inventer, lui donner un sens.

La pression s’accroît à travers des exigences plus fortes d’autonomie, de performance, de compétition.

Les choix des individus s’élargissent mais face à cette augmentation de la liberté, ils se retrouvent coincés dans l’obligation de la réussite. L’échec n’est pas permis et la tension sur les individus augmente. Cette augmentation des responsabilités entraîne une augmentation de la vulnérabilité.

… est le reflet de notre société de consommation…

Les ados doivent se différencier des adultes, de leurs parents, de leurs éducateurs, ou avoir des pratiques qui les distinguent. La consommation de biens et de symboles marchands est, aujourd’hui, ce qui caractérise surtout le concept de « culture » des jeunes. C’est une façon privilégiée de s’affirmer. Les ados ont un pouvoir d’achat réel. Dès lors, ils sont des cibles spécifiques des opérations de marketing (cartes GSM, boissons de type “breezer”…).

Il n’est cependant pas raisonnable de penser qu’il existe réellement une seule culture ado en tant que telle (il y a trop de différences sociales, économiques, géographiques…) mais la consommation est une des caractéristiques constante des pratiques adolescentes.

où s’inscrit l’adolescence

Si la distinction psychologique de l’adolescence par rapport à l’âge adulte doit se faire, il faut rappeler que, finalement, les questions que se posent les ados sont les mêmes que les nôtres : sens de la vie, l’amour, la mort…

Les pertes de modèles et l’absence de repères ne sont pas uniquement un problème pour les ados.
Le culte de la performance, la société de consommation nous concerne tous.

Les remises en question existentielles ne sont pas des préoccupations des seuls jeunes. Nous aussi, adultes, lors d’une crise individuelle grave, nous nous remettons en question…

La « crise » de l’adolescence est aussi la crise de tous les adultes : il faut se réinventer, s’adapter constamment à la mouvance de l’environnement professionnel, familial, social…

Et les drogues dans tout ça ?

Il semble que l’être humain soit continuellement à l’affût de sensations différentes, nouvelles et agréables. Pensons à ces enfants qui découvrent que tournoyer sur soi est un moyen efficace de modifier sa conscience… Ces jeux sont pratiqués dans le monde entier.

Plus tard encore, la plupart des jeunes découvrent que certaines substances, que l’on se procure sans difficulté, peuvent les placer facilement et rapidement dans des états similaires. Les drogues ont pour effet de changer notre perception de la réalité et de nous apporter des sensations particulières. Ainsi, le désir d’accéder à ces états différents motive le plus souvent la prise d’une drogue, mais il arrive qu’on en prenne pour d’autres raisons.

Les raisons qui motivent la consommation

Voici quelques unes des raisons parmi les plus courantes qui motivent les individus à consommer des drogues :

Modifier son humeur

L’alcool et de nombreuses drogues sont consommées pour pallier l’angoisse, la dépression, l’insomnie, la douleur ou l’ennui, bref toutes ces humeurs considérées comme étant indésirables voire inacceptables. Encouragé par la publicité et par certaines croyances sociales, un grand nombre de personnes, quel que soit leur âge, consomment des drogues, qu’elles soient légales ou non, dans cette optique. Ainsi, avant un entretien pour un emploi, un individu peut consommer un léger calmant. Dans le même ordre d’idées, pour diminuer son angoisse avant un match important, un jeune choisira de fumer un pétard, etc.

Être bien parmi les autres, créer des relations

« Tchin ! », « Santé », « À la vie ! », « À l’amour ! »…

Dans nos contrées, les occasions de trinquer sont nombreuses, car elles sont souvent associées à la notion de fête et constituent généralement des moments agréables, qui ont pour effet de rapprocher les personnes. L’apéritif, un repas d’anniversaire, un examen réussi ou une victoire sportive, une pendaison de crémaillère… sont autant d’exemples liés à la consommation d’alcool.

L’alcool nous rend moins timides, plus exubérants, plus joyeux… On parle plus facilement à l’autre, on aborde plus facilement quelqu’un… Quant aux drogues illégales, elles jouent un rôle similaire voire encore plus fort par le fait qu’elle rapprochent des personnes qui ont choisi de consommer des produits illégaux, de transgresser certains interdits.

Stimuler les performances mentales

Au travail, après le repas, il est souvent de tradition de boire un petit café qui va nous donner le petit coup de fouet pour redémarrer le reste de la journée. Certains choisissent aussi de fumer parce que le tabac les aide à mieux penser, à réfléchir plus vite.

L’alcool, de son côté, peut faire croître l’audace, et procurer la sensation d’être plus puissant.

Franchir les interdits, repousser des limites

Au-delà des effets individuels recherchés par la consommation d’une drogue, il y a toute une dimension sociale qui entre en compte, surtout lorsqu’il s’agit de drogues illicites. Celles-ci sont porteuses d’interdits et de tabous ce qui a pour conséquence de leurs conférer un pouvoir symbolique d’opposition très puissant. Les enfants découvrent très vite qu’on peut contrarier ses parents, ses professeurs, son médecin et toute autre autorité en prenant des substances interdites. C’est bien pour cela, aussi, que l’adolescence est une période particulière où ces drogues sont attirantes aussi parce qu’elles sont interdites.

Faire comme les autres

Chaque famille, institution, groupe de personnes, bande a ses propres usages et coutumes. Ainsi, le plus souvent, les personnes ne choisissent pas de consommer ou non, mais finissent par le faire par ce que c’est comme ça dans leur milieu, pour faire comme tout le monde !

En de nombreuses situations ne pas consommer c’est prendre le risque de se voir rejeté. Ainsi quelqu’un qui décide de ne pas partager au moins un verre en ces occasions risque fort d’être “regardé de travers”.