Présentation du clip vidéo de la campagne « la drogue c’est de la merde »

A travers la présentation et la défense du clip vidéo « La drogue c’est de la merde » est soulevée la question de l’impact des messages par les méthodes publicitaires. Différents points de vues permettent de poser la question de l’intérêt ou non de l’utilisation de tels procédés. Même si ce débat date de 1987, les questions qu’il pose sont toujours d’actualité aujourd’hui.

 

Intervenants : Eddie Garbarski (de l’agence Garbarski RSCG, associé de Jacques Seguela), Jean-Marie Perier (cinéaste), Docteur Alfred Saillon (psychiatre – Président de l’Association pour la Prévention des Toxicomanies)


Présentation du clip « la drogue c’est de la merde »

Fiche technique du film « La drogue, c’est de la merde ».
Campagne lutte anti-drogue.
Médias : Cinéma, T.V., Radio, Affichage.
Durée : 1’02’’, date de sortie 8 janvier 1986.
Directeur de création : Jean-Marie Perier.
Directeur artistique : Jacques Seguela.
Commercial agence : Jean-Jacques Lacasse.
Responsable annonceur : Docteur Saillon.
Réalisateur : Jean-Marie Perier.
Maison de production : Major.
Musique : Michel Colombier.

Synopsis

Cour du Lycée Pasteur, à Neuilly-sur-Seine. Trois adolescents. Une presque jeune fille de treize ans parle avec un « grand » (quinze ans, peut-être). A quelques pas, un garçon d’une douzaine d’années les observe avec inquiétude, un mélange d’angoisse et de tendresse pour la jeune fille… Le couple s’éloigne, direction les toilettes. Le grand glisse alors un billet de banque dans sa poche et dépose sur le lavabo un petit paquet argenté. La fille hésite. L’aîné a le regard à la fois sûr et modeste de ceux qui croient avoir réussi à convaincre… Mais… le « petit » va intervenir, bondir, s’emparer du paquet et le jeter dans le cuvette des W. C. avant de tirer la chaîne. Pendant que l’eau coule, des mots apparaissent en surimpression : « La drogue c’est de la merde ». Close-up et fin, le héros prend la fille par l’épaule et affiche… un sourire de héros.

L’affiche.

Simultanément à la diffusion du clip, sur TF1-A2-FR3 et aux messages radio diffusés sur les radios nationales, une affiche conçue par RSCG a été placardée sur 1.500 panneaux à Paris et en banlieue.


Défense du clip « la drogue c’est de la merde »

Le point de vue du publicitaire : Monsieur Eddie Gabarski

J’ai la redoutable tâche de remplacer Jacques Seguela, et ceux qui le connaissent savent que le remplacer est une tâche redoutable. Aussi, je tiens à préciser que je n’ai pas été personnellement impliqué dans le concept et les étapes qui ont précédé la réalisation de la campagne. Je voudrais que vous me considériez en tant qu’homme de communication et non en tant que père du concept, malgré le fait que je m’identifie à 100% à ce qui a été fait par notre agence de Paris.

Ce que la publicité peut faire pour la lessive, elle devrait pouvoir le faire pour les idéaux. Aussi la publicité est le spectacle préféré des enfants. (Ils passent presque 1.000 heures devant la T.V. et uniquement ± 800 heures à l’école)Pourquoi la publicité ne pourrait-elle pas les convaincre du mal de prendre des drogues, bien entendu dans certaines proportions et avec les limites évidentes ?

Je n’essaie pas de vous vendre la publicité, mais je vais vous démontrer par les « pré-tests » et « post-tests » de la campagne qu’il y a une certaine efficacité du langage publicitaire au niveau de la prévention.

Avant d’entrer dans les chiffres, je voudrais faire deux remarques en guise d’introduction.

L’astronaute Glenn a dit un jour : « il y a des gens qui regardent les choses telles qu’elles sont et se demandent pourquoi et il y en a d’autres qui rêvent d’autres choses et se demandent pourquoi pas ?

Et Sartre a dit que « l’argent n’a pas besoin d’idées ».

La Lutte contre la drogue n’aura jamais assez d’idées et de gens qui se battent et essayent de faire quelque chose.

Et je voudrais ici, dans cet état d’esprit, saluer le travail de mon associé français, J. Seguela, de son équipe et des gens qui ont collaboré à la réalisation de cette campagne.

Résultats des pré-tests / Résultats des post-tests

 

Le point de vue du réalisateur : Jean-Marie Perier

L’important est de savoir s’il faut ou non utiliser les médias pour lutter contre la drogue. Car je pense que la moindre des choses lorsqu’on se lance dans une campagne publicitaire contre un fléau comme celui de la drogue, c’est de la réussir. Certaines personnes sont opposées à l’usage des médias dans ces circonstances. Je ne demande qu’à les entendre et je ne prétends pas avoir raison, mais personnellement je suis favorable à cet usage, car c’est tout ce que je sais faire, et je travaille avec les moyens du bord.

Dans la mesure ou l’on se décide de se servir des médias pour engager une campagne de prévention, il est essentiel de garder à l’esprit qu’un film publicitaire est régi par la même règle que celle qui régit les spectacles en général : à savoir, un massage touche le public en passant par l’émotion.

Le message publicitaire, c’est du spectacle; le spectacle, c’est d’abord l’émotion.

Les grandes campagnes (appelées dans le jargon publicitaire les campagnes de ministères) sont préparées par de nombreux spécialistes, des psychiatres, des politiques, des technocrates qui réfléchissent, qui travaillent beaucoup et très longtemps pour produire un message juste, intelligent, et qui serve bien la cause qu’ils défendent. Malheureusement, la plupart du temps de tels messages passent beaucoup plus par la réflexion que par l’émotion et du coup manque leur cible.

C’est encore plus vrai lorsqu’on cherche à s’adresser à des enfants.

Or notre conviction est : il faut en parler aux enfants de la drogue. L’idée du Docteur Saillon de faire un film publicitaire se fonde sur la constatation qu’aujourd’hui la conversation en famille a été remplacée par la télévision (télévision qui constitue une des drogues du XXèmè siècle : se servir de la télévision pour lutter contre la drogue, c’est comme se servir d’une maladie pour fabriquer un vaccin). La conversation étant remplacée par la télévision, le seul moyen de s’adresser aux enfants est de passer par la télévision afin de provoquer la conversation indispensable entre parents et enfants à propos de la drogue.

Le pire ennemi de la lutte anti-drogue chez les adolescents est le silence. Beaucoup de parents hésitent à en parler, ne savent pas quoi dire, ont peur. C’est pour briser ce silence que le Ministre français de la Santé, Madame Barzac, vient de lancer une campagne anti-drogue à la télévision et par affiches. C’est formidable car c’est la première fois, qu’un ministre français se sert de la télévision pour lutter contre la drogue. Cette campagne s’adresse aux parents et leur dit : « La drogue parlons-en avant qu’elle ne lui parle » (NDLR : « lui » désigne l’enfant d’une douzaine d’année représenté par le visuel de l’affiche). C’est vrai, c’est juste, c’est cela qu’il faut faire.

Il s’agit d’une campagne destinée aux adultes, c’est pourquoi elle est à la fois calme, prudente et réfléchie, car les parents ont beaucoup de problèmes et de responsabilités. Ils ont souvent peur, ils sont fragiles.

Si les enfants sont en danger, c’est qu’ils n’ont peur de rien. C’est pourquoi lorsqu’on s’adresse à eux, il faut être direct et dire la vérité. C’est la seule façon de véritablement faire passer un message à des enfants. Les conseils, comme chacun sais , ils ne les écoutent pas. La campagne du Ministre de la Santé s’adresse aux adultes. De notre côté, nous avons estimé qu’il était important de faire une campagne s’adressant aux enfants, pour que le dialogue s’installe. Notre clip est beaucoup plus le résultat d’une émotion que d’une réflexion, c’est ce qui fait qu’il a marché, qu’il a été entendu. Je ne crois pas qu’il puisse faire de mal, quoiqu’on nous ait reproché d’être irresponsables, de ne pas savoir ce qu’on faisait, de faire le mal en voulant bien faire, d’effrayer les gens au lieu de les conseiller.

Les enfant, à partir de 11-12 ans, sont confrontés à la drogue et les endroits et les moments auxquels la drogue leur sera proposée échappent aux adultes : les enfants se retrouvent seuls devant ce problème.

Le but de note clip est d’armer les enfants en leur donnant un réflexe ou en essayant de leur faire comprendre qu’ils peuvent avoir le beau rôle de l’histoire en refusant la drogue et non pas, comme c’est courant, en ayant l’air d’un imbécile ou d’un peureux en la refusant.

Tel était notre but, je pense qu’il a été atteint.

C’est pourquoi je répondrais “oui”, à la question “faut-il ou non se servir des médias ?”.

 

Le point de vue du psychiatre : Docteur A. Saillon

Les premiers exposés de ce matin m’ont fait comprendre, m’ont convaincu, que nous nous étions complètement trompés, et que nous nous sommes égarés en utilisant ce type de message « coup de marteau, coup de point » et en assénant des vérités qu’il n’aurait peut-être pas fallu dire.

Je retiens la phrase de Monsieur Bastin qui me rend sage puisqu’il m’a convaincu qu’il ne fallait pas chercher à convaincre les gens lorsqu’ils étaient convaincus de ne pas avoir tort. Je ne vais donc pas chercher à vous convaincre et faire mon mea culpa d’avoir fait une ignominie que vous avez pu voir tout à l’heure. Et enfin, j’ai tout à fait compris le message de Madame Roelandt : finalement dans quelques années, nous considérerons que la condamnation du recours aux drogues est tout aussi erronée que la condamnation que pendant des siècles nous avons eu vis-à-vis des sorcières et de la masturbation. En conséquence, ce que je vais vous raconter, c’est donc la somme d’erreurs que nous avons commises jusque-là en considérant qu’il fallait chercher à dissuader les adolescents de recourir à la drogue.

Vous vous êtes beaucoup étendu, et à juste titre, sur les motivations de ceux qui ont recours à la toxicomanie pour comprendre le meilleur moyen d’aborder le problème avec eux.

C’est un aspect du problème, l’aspect thérapeutique individuel, et il est indubitable qu’en face de chaque toxicomane on a affaire à un problème parfaitement individuel, à une histoire tout à fait originale et qui n’a rien à voir avec l’histoire de tous les autres.

Si l’on veut faire de la prévention, nous nous sommes dit bêtement que si on perdait du temps à regarder les problèmes de chacun, on ne pourrait jamais s’adresser à la collectivité. Que si on voulait s’adresser à la collectivité efficacement il fallait chercher le plus petit commun dénominateur qui nous permette par un seul message – et le message collectif ne peut être que bref si on veut qu’il soit compris – de s’adresser à tout le monde et il fallait bien commencer par un des aspects du problèmes, et tout comme la masturbation était épidémique, tout comme la sorcellerie était épidémique, nous nous sommes demandés si la toxicomanie n’était pas aussi en partie épidémique. Nous nous trompons sûrement mais il se fait qu’il y a quelques années il y avait peu de toxicomanes mais lorsque le produit est arrivé sur le marché, la toxicomanie est apparue de façon plus extensive.

Erreur scientifique mais erreur dans laquelle nous avons plongé et à partir de laquelle nous avons considéré que le produit avait une certaine importance, ce qui est faux nous a dit Monsieur Bastin ce matin. Que la puissance du produit n’était pas anodine dans le fait que l’on devienne plus ou moins vite un adepte, il semblerait que ce ne soit pas vrai.

Il semblerait aussi que les conséquences du produit ne soient dues qu’à la littérature. Donc nous allons arrêter tout parce que finalement s’il n’y a plus de littérature, il n’y aura plus de conséquences au produit. Nous sommes donc partis du fait qu’on pouvait agir au stade de l’apprentissage; il n’y avait pas de drogues avant, la drogue arrive, on n’en consommait pas, on apprend à en consommer. Comment apprend-on a en consommer ? De quelle façon ? Peut-on intervenir à ce niveau ? Peut-on intervenir sur un phénomène d’imitation, sur un phénomène de mode, sur un phénomène d’apprentissage ? Je n’entrerai pas dans des perspectives psychologiques plus compliquées mais c’est là-dessus que nous avons cherché à travailler. Et c’est le seul message que le psychiatre est allé demander au publicitaire en lui disant : essaye de donner aux enfants la possibilité de dire « non », de le dire fièrement, de ne pas avoir honte de le dire, et de ne pas être en position de dépendance en face de celui qui le sollicite.

Et à partir de là, on est entré dans des discussions, des scénarios possibles et multiples et finalement le film que vous avez vu est sorti du fruit de l’imagination de J.-M. Perrer, du fruit de son émotion personnelle, d’un vécu d’une expérience propre et qui a fait qu’il nous a sorti quelque chose qui vient du fond de ses tripes et qui à touché considérablement – et les chiffres sont secs et durs mais ils sont tout à fait spectaculaires sur le fait que le message en tout cas a été ressenti parfaitement, intégralement, sans déviance, sans faux-message comme on avait pensé initialement que ce type de message pouvait être plus incitatif que etc…

Voilà, ce n’est pas un exposé scientifique mais un cri de foi d’un médecin qui considère que lui, médecin, ne sait pas soigner les toxicomanes, qu’il en a laissé trop mourir, mais qu’il fallait faire autre chose que tout simplement attendre, écouter et comptabiliser ensuite les décès.


Faire dire « non à la drogue »

Jacques Zwick

Merci à l’équipe. Utiliser les médias, utiliser la pub, elle l’a fait. Du message qui nous est transmis, je retiens personnellement trois choses essentielles :

  • Il faut passer par l’émotion. C’est vrai.
  • Il faut parler aux enfants, la prévention doit commencer tôt.
  • Il faut dire la vérité.

Le Docteur Saillon a montré qu’à provocateur, il peut y avoir provocateur et demi. Il a eu raison de relever ce qui pouvait être perturbant dans des questions sans réponse. Une conviction nous est commune et, je crois, est commune à tous ceux qui sont dans cette salle : la drogue c’est de la merde.

Si nous ne le pensions pas, nous n’aurions jamais créé Infor-Drogues pour lutter contre elle. Notre interrogation porte uniquement sur les moyens les plus adéquats à cette lutte mais quant aux fondements de cette lute, nous sommes tout à fait sur la même longueur d’onde, je tiens à vous le dire. Avoir appris aux enfants à voir la fierté de dire « non » alors qu’on sait le snobisme qu’il peut y avoir à dire « oui », est chose extrêmement importante et, à cet égard, nous avons intérêt à nous écouter les uns, les autres. Les publicitaires ont raison d’écouter les psychologues. Et les psychologues doivent aussi écouter ceux qui utilisent la publicité parce que c’est vrai qu’aujourd’hui, il faut utiliser les médias d’aujourd’hui pour atteindre un public qui en est incontestablement friand.

J.-M. Perier

Je voudrais, si vous permettez, donner la parole à un autre publicitaire, Monsieur Baudry, car il a fait récemment une action d’intérêt communal qui reprend la même trajectoire : recourir aux multimédias et faire dire aux gens : « nous on dit non à la drogue ».

J. Zwick

C’est un apport imprévu, mais tout enrichissement est heureux. Je vais lui donner la parole en lui demandant la brièveté parce que je crois que la débat sera très important.

M. Baudry

En tant que publicitaire, j’ai été amené à travailler pour une municipalité qui se trouve à côté de Marne la Vallée et qui a fait en France, une première.

Vous avez vu la campagne faite par J. Seguela avec le Dr Saillon et J.-M. Perier. Auparavant, il y a eu quelques actions en France, mais toujours à l’origine du privé. Il a fallu attendre 1986 pour que l’Etat, avec Michèle Barzach, fasse quelque chose.

Les différentes personnes qui avaient des contacts avec les localités, les municipalités, leur disaient : « N’attendez pas que tout vienne tout cuit de l’Etat, n’attendez pas qu’une autre institution vous donne les moyens de faire quelque chose, si vous êtes concernés par le fléau, faites quelque chose, faites-le vous-même ». Aucune municipalité ne l’avait fait en France jusqu’à Noisy, et Noisy l’a fait parce que le département sur lequel elle se trouve est un département très touché par le phénomène et sa municipalité, son territoire, commençait à être fortement touché notamment par les phénomène de circulations liés au métro et aéroair via Marne la Vallée.

Elle a donc commencé par ouvrir un centre de prévention, appelé « Marie Curie », qui se définit en quelques mots : dialogue – accueil – écoute – information.

Pour l’inauguration de ce centre, elle a décidé de parler par l’intermédiaire des médias et des grands médias puisqu’il s’agit des panneaux d’affichage. Or, sur la ville il n’y a pas plus grand média que l’affichage. Il n’y a pas de réseau câblé, il n’y a pas de télévision. L’affichage, la presse et les radios locales, voilà les trois grands médias qui ont été utilisés, relayés par un certain nombre de matériels, distributions de tracts, des badges et des autocollants.

Cette campagne c’est : « Nous, on dit non à la drogue ! » et il est vrai qu’elle reprend le schéma, l’idée de base que J.-M. Perier et J. Seguela ont créé : c’est la valorisation des jeunes qui disent non à la drogue. Ils sont là. Ils ont les bras levés, ils sont en V.

On a voulu faire une campagne d’ouverture et d’espoir, avec les jeunes eux-mêmes mis en scène. Il y a également eu un message destiné aux parents, parce que Noisy le Grand est une ville nouvelle, entièrement bétonnée, avec des gens qui viennent travailler et qui repartent, une déstructuration ressentie de façon profonde et le phénomène de la drogue est peut-être aussi lié au phénomène de la cellule familiale.

Donc, on a cherché à montrer une famille : le père, la mère, entourés d’enfants qui disent tous : « Non à la drogue » et on leur fait dire : « Apprenez leur à jouer, à parler, à rire, à aimer ». En gros, on leur dit : « Apprenez leur à vitre bien ».

Ces mots, ce sont des mots forts. Que ce soit la profession de foi, « nous on dit non à la drogue », ou que ce soit l’utilisation de ces mots qui sont des mots simples, des mots justes mais des mots qui définissent bien et qui qualifient bien la vie qu’on aimerait tous avoir. Il y a eu donc le cumul des deux messages avec mise en place des jeunes et mise en place des enfants. Voilà pour ce qui est de la campagne.

A notre niveau, les résultats sont facilement calculables en termes pratiques, pragmatiques. Cela a été des jeunes qui sont venus au centre Marie Curie acheter des tee-shirt sur lesquels est imprimé : « Nous, on dit non à la drogue ! », demander des affichettes parce qu’ils les trouvaient belles et simplement pour cela, demander des badges. Il y a eu également des parents qui ont téléphoné au centre pour obtenir des rendez-vous et dire : « Écoutez, je ne sais pas si mon fils ou ma fille se drogue, mais je voudrais savoir aborder le dialogue avec eux. Comment faire pour ouvrir ce dialogue ? » Et puis, il y a eu des enfants qui sont venus et qui nous ont dit : « Moi, la drogue on m’en a déjà proposé, je n’y ai pas encore touché ou pas vraiment mais je voudrais en savoir plus ».

Je crois que c’est un petit peu la vocation de chaque municipalité d’offrir à ses administrés une structure de cette sorte composée d’un centre et de faire vivre le message qu’on veut faire passer c’est-à-dire « la drogue c’est de la merde », « nous on dit non à la drogue ». Il est sans doute plus facile de travailler au niveau du microcosme qu’est une petite ville qu’au niveau de l’Etat.

On a pensé agir sur les classes de 4ème et de 3ème, 12, 13, 14 ans, là où apparaît le risque de chuter sur la drogue. Une fois que ces enfants se droguent, que peut faire la communication ? On va organiser un concours, c’est un projet qui est en train de se mettre en place, et leur dire : nous, on dit non à la drogue. Vous, est-ce que vous le diriez ?

On va leur demander de se regrouper de 4 ou 5. On leur a distribué des chartes de story board, de sorte à faire des films parce qu’on pense que l’audio-visuel est pour eux le meilleur outil pour s’exprimer. Le meilleur projet sera réalisé, on s’y est engagé. On le fera réaliser de façon professionnelle et on le diffusera dans les salles de cinéma locales et environnantes.

Les établissements scolaires de Noisy et d’ailleurs ont demandé au centre Marie Curie de faire des interventions de sensibilisation, c’est-à-dire que les enfants demandent qu’on vienne leur parler de la drogue.

C’est une action locale, une action de relais de tout ce qui est engagé tant par l’Etat, par le Dr Saillon, mais c’est une action exemplaire parce que c’est la première fois qu’une municipalité s’engage à dire non à la drogue.


Débat

Les différents thèmes abordés :

  • La publicité comme toxicomanie
    Intervenant : Claude Stoclet, docteur du « Rapid » à Liège

  • L’impact des messages diffusés
    Intervenants : G. Muller; J-M Perier, cinéaste; Dr Parisel, psychiatre; Dr Figel, hôpital « Volière » à Liège; J-P Jacques, médecin au projet LAMA; Dr Saillon, psychiatre; Isabelle Voisin, psychologue-psychothérapeute en centre de planning familial
  • L’utilisation des messages
    Intervenants : Henri Bartes, proviseur de l’athénée Charles Jansens; Philippe Bastin, directeur d’Infor-Drogues; Dr Saillon, psychiatre; Claude Bloch, psychiatre – membre du conseil d’administration d’Infor-Drogues; Mr Garbarski, publicitaire; Martin Petras, psychologue; J-M Perier, cinéaste

 

La publicité comme toxicomanie

Claude Stoclet, docteur du « Rapid » à Liège

Ma question s’adresse au Dr Saillon ainsi qu’à Philippe Bastin. Il semble que quand on parle du message publicitaire, il y a un grand vide dans cette explication dans la mesure où on donne un message, mais on ne le justifie pas, on s’adresse aux jeunes en leur disant : la drogue c’est de la merde.

On nous parle d’émotions, mais toute campagne publicitaire a un sens, et je trouve que le sens de celle-ci n’est pas tellement apparu.

Au delà des questions posées par le pré et post-test, j’aurais voulu qu’on réfléchisse de manière plus large sur les bons et mauvais effets d’une telle campagne.

Je crois pour ma part qu’il faut se servir des médias, mais en s’interrogeant sur la signification des messages. La publicité a, c’est évident, des effets. Certains disent que la publicité incite à la toxicomanie car elle propose un « produit » comme réponse à tout problème de société. Elle se sert de l’émotion pour suggérer un produit comme solution. En ce sens, la publicité fait plus qu’inciter à la toxicomanie : elle est elle-même une toxicomanie, qui engendre une dépendance.

Cette hypothèse mérite à mon avis une toute autre réflexion celle qu’on nous a proposée ici.

L’impact des messages diffusés

G. Muller

Je représente l’Association Nationale des Intervenants en Toxicomanie en France et mon métier est éducateur de rue dans le Forum des Halles à Paris.

Ma question s’adresse peut-être à J.-M. Perier, parce que j’ai envie de parler avec lui. Il ne faut pas être ringard et on doit se servir des médias pour faire passer les messages.

Mais je me suis opposé, en France, à la diffusion du clip que l’on vient de voir, ne serait-ce que parce qu’à la fin il ne propose pas de solution.

Mon autre critique était l’absence de numéro de téléphone auquel le public aurait pu appeler et qui aurait permis à la fois de prolonger l’information et d’en mesurer l’impact.

Le Comité National de Prévention de la Délinquance, sous l’égide du Ministre de la Santé, Madame Barzach, a lancé un autre clip doté d’un « numéro vert », c’est à dire un numéro d’appel téléphonique gratuit. J’ai eu un compte rendu des appels et donc une mesure de l’impact. De l’avis des intervenants en toxicomanie en France, cet impact est un échec, surtout si on se rappelle que le clip à coûté 6,5 millions de FF, malgré le travail gratuit de l’agence Havas et du réalisateur Luc Besson. Le numéro vert a reçu 23.675 appels, dont seulement 20% constituaient une véritable conversation (± 10 minutes).

Le message du clip s’adressait aux parents, mais ce sont surtout des enfants de moins de 12 ans qui ont appelé.

Voilà l’impact ! Où s’est-on planté ? Mais il y a pire : ce clip passait à la télévision en même temps qu’un autre clip publicitaire – cela me faisait hurler de rire – pour le parfum « OPIUM » qui avait de merveilleux relents de dépendance. C’est un peu dur quand même d’entendre des trucs comme ceux-là.

J.-M. Perier

De quel film parlez-vous ?

G. Muller

De celui du Ministère de la Santé, pas du vôtre !

Je suis d’accord avec un slogan comme « la drogue parlons-en », parce que je pense effectivement qu’il faut en parler. Mais lorsqu’on se lance dans une campagne à l’échelle nationale, il faut être attentif à éviter les effets pervers, les contradictions, et un coût trop élevé.

Dr Parisel, Psychiatre

Ceux qui répondent « oui », à la question « faut-il utiliser les médias ? » le font par croyance. Je voudrais dépasser cette croyance en répondant « oui, il faut employer les médias dans la mesure où cela peut permettre de faire circuler une parole ». Le média a son importance en tant que tel mais si le message qu’il diffuse n’est pas repris à l’intérieur d’une structure ou d’un groupe permettant de faire circuler la parole émise et qui peut émerger grâce à l’émotion suscitée par le clip, ce message sera nul et non avenu. Parallèlement à l’usage des médias, il y a lieu de créer des structures où ces médias sont en quelque sorte « remédiatisés », reparler. Sinon, le travail est incomplet.

Dr Figel, hôpital « Volière » à Liège

Je voudrais savoir si l’impact des messages du genre de ceux qu’on nous a présentés a été étudié sur les sujets qui consomment déjà, soit occasionnellement, soit habituellement. Autrement dit, a-t-on vérifié que ces messages ne passent pas à côté de ceux qu’ils concernent réellement et ne se contentent pas de renforcer les convictions des personnes déjà convaincues ?

Par ailleurs, je voudrais dire que les réactions du Docteur Saillon m’ont convaincu de l’importance, comme le disait Micheline Roelandt, de l’aspect émotionnel et passionnel du thème de la drogue.

Jean-Pierre Jacques, médecin au projet LAMA

J’ai trouvé très vive et saillante la réponse du Dr Saillon. J’ai l’impression que les publicitaires sont, inévitablement, mis à contribution pour promouvoir une nouvelle morale. Et il va de soi que nous y souscrivons. En tout cas, nous sommes bien priés d’y souscrire et d’applaudir, aussi bien quand on est interviewé par les enquêteurs de la firme d’enquête dont on a eu les résultats que quand on est dans la salle, ainsi mis à notre tour à contribution.

Ma réflexion de thérapeute est celle-ci : pour la plupart des toxicomanes que l’on rencontre, et dans notre centre c’est par bon nombre qu’on les voit arriver, on constate que ce sont des gens qui on raté la marche. Ce sont des gens qui n’ont pris le discours moral et les instructions qui sont ainsi émises qu’à contre-pied. Cela se vérifie actuellement avec le crack. Quand une émission passe sur le « crack », les gens que nous rencontrons, s’ils sont des adultes, bien dans leur peau, tressaillent d’horreur et se disent : comment peut-on consommer des produits pareils ? Quand ce sont des toxicomanes ou des gens en difficulté sur un versant suicidaire ou sur un versant profondément interrogateur, interrogés par leurs douleurs et par leurs désirs, cela leur donne envie d’en prendre.

Au plus le message contient de prescriptions morales, au plus on voit se dessiner un partage entre ceux qui vont observer ces règles morales et ceux qui vont y contrevenir.

Je voulais savoir quelle était votre position, confrère Saillon, à cet égard ?

Docteur Saillon

Il faut situer notre film dans son contexte historique. Jusqu’à sa sortie, en janvier 1986, il était tabou, en France d’utiliser les grands médias pour aborder le problème de la drogue. Ce tabou se basait sur des interrogations que Monsieur Muller, ici présent, nous a rappelées ce matin. Monsieur Muller était opposé à notre campagne, il l’a clairement exprimé avant et après. Il a quand même accepté de participer avec nous à une relance de notre campagne ciné-télé-affiches, cette fois avec un numéro vert et en association avec l’ANIT. Mais un numéro suppose une structure d’accueil et d’écoute basée sur une organisation beaucoup plus vaste que celle qu’un groupe de pirates comme nous pouvait monter : cela à avorté, malheureusement.

Si je suis heureux de vous présenter aujourd’hui Monsieur Baudry, c’est qu’au delà du slogan « Nous on dit non à la drogue », le slogan le plus fort de son affiche est « Noisy le Grand s’engage ». C’est à dire une ville s’engage : chacun de nous dit « moi aussi je dit non ». C’est contagieux.

Lorsqu’une commune s’engage, lorsque les enfants des écoles de Noisy le Grand vont faire ce concours, vont défiler dans la rue disant : « Nous aussi on dit non ! », cela crée des lieux de paroles, des lieux d’échanges. Le Centre Pierre Marie Curie existe. Il est annoncé par ça. Certains centres en France manquent de clients. Ils sont là, les thérapeutes sont là, mais personne n’y vient. Pourquoi ? Parce qu’ils ne se vendent pas. Ils ne font pas savoir qu’ils existent, ce qu’ils font. Je n’ai pas à critiquer les méthodes thérapeutiques de chacun. Chacun est très sûrement convaincu que ce qu’il fait est très bien. Et je suis sûr qu’il le fait avec beaucoup de cœur et très bien. Mais cela ne se sait pas. La publicité sert à vendre son savoir-faire. Sert à dire aux toxicomanes, aussi : « Mon centre existe, venez me voir ». Il y a un lieu de parole, d’écoute.

Notre campagne était une première. Ce n’est ni la seule ni la meilleure possible, mais elle a eu la vertu d’ouvrir le débat. Elle est suivie. La campagne de Monsieur Baudry peut exister aujourd’hui parce que nous avons violé les consciences. Nous espérons que des campagnes à l’échelon local (et c’est là que c’est le plus fort) prendront naissance un petit peu partout, que nous pourrons organiser beaucoup plus souvent des actions comme celle-ci au niveau communal.

Je pense avoir répondu aux soupçons d’effets pervers, d’incitation et de transgression qui ont été formulés contre notre film. Comment mesurer ces effets pervers ? Les tests présentés n’ont pas été faits à notre demande mais à celle de la mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie qui voulait démontrer que le clip comportait des messages pervers d’incitation et d’incompréhension.

Les psychologues et psychométriciens (nombreux dans la salle) savent à quel point les test sont relatifs. Mais ce sont les seuls outils dont nous disposons et, dans le cas présent, ils n’ont pas été réalisés par nous et sont donc peu susceptible d’avoir été pervertis.

Isabelle Voisin, psychologue-psychothérapeute en centre de planning familial

Je suis responsable d’une consultation qui s’occupe de problèmes de drogues, et essentiellement du questionnement des parents. J’ai eu également l’occasion de rencontrer des jeunes, dans une permanence « jeunes ». Ce qui m’a fort intéressée dans le débat aujourd’hui, c’est votre implication personnelle à tous.

On l’a suffisamment répété avant moi, à tous les niveaux, média, individuel, relationnel, nous sommes tous émotionnellement impliqués. Alors je voudrais remercier tout particulièrement Madame Roelandt d’avoir attiré l’attention sur le rôle de notre inconscient dans ce questionnement que pose la drogue aujourd’hui.

Effectivement, les publicitaires, à leur niveau, en parlant « émotions », ont joué à plein avec leur inconscient pour répondre ou pour questionner peut-être un inconscient de masse auquel à fait référence Monsieur Bastin.

Mais sur le plan individuel, ces messages ne passent pas toujours. Les groupes-relais, dont Madame Bertouille a parlé, sont peut-être le lieu où faire passer le niveau inconscient au niveau relationnel.

En tant que psychothérapeutes, nous avons l’occasion de répondre, de questionner les personnes qui ont fait appel à nous.

L’utilisation des messages

Henri BARTES, proviseur de l’athénée Charles Jansens

Ma question s’adresse à Monsieur Bastin.

Dans les établissements scolaires, nous sommes fort désemparés face au phénomène, nous voudrions y faire face mais on a peur de mal faire, surtout au niveau de l’information, de la prévention. Je viens à la recherche de conseils. Que faire ? Comment organiser une information ? Est-ce les professeurs eux-mêmes qui sont les mieux placés pour faire cette information ? Les professeurs de morale plus particulièrement ? A quel niveau, 1ère, 2ème, 3ème, l’information doit-elle se situer ? Est-il préférable de faire venir des personnes extérieures ? Vaut-il mieux s’adresser à un petit groupe qu’à un grand groupe ? Éviter l’information frontale ?

Je m’adresserai peut-être au Dr Saillon. Le clip qui a été fait peut-il être utilisé en classe en vue d’une discussion, dans le souci d’une information complète et sécurisante ?

Philippe Bastin

Nous n’avons pas organisé cette journée pour prétendre détenir la vérité ou régler des comptes mais pour donner la parole à tout le monde. Car notre société ne va pas sortir de sitôt de problèmes comme celui de la drogue.

Micheline Roelandt nous a expliqué que le problème n’est pas neuf : il existe peut-être depuis le début des temps.

Je dis clairement « oui aux médias » et je les utilise moi-même. La question « pourquoi parler des drogues dans les médias ? » me semble dépassée, car, de toute façon, les médias en parlent. L’intérêt est de s’interroger sur le « comment ? ». Si j’ai invité l’équipe de Paris, c’est parce qu’elle a fait un travail de qualité, qui a été pensé et réalisé avec émotion. Je ne désire donc pas polémiquer. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la question technique « comment fait-on un clip ? », mais ce qu’un clip produit comme sens, comme effet non sur des gens déjà « vaccinés » contre la drogue mais sur des gens « flottants ». Quel sera l’effet à long terme de l’usage des médias ?

Il est nécessaire d’utiliser les médias en se posant cette question car ce qui passe sur les antennes de radio et de télévision n’est pas satisfaisant, mais engendre l’angoisse, la fatalité, la panique.

Je voudrais qu’on arrive à changer l’état d’esprit. La question que je me pose est : faut-il indiquer ce qu’il faut changer, faut-il être raisonnable, raisonnant, logique ? Ne risque-t-on pas de tomber dans le message « dubbel band » style « soyez spontané » qui fait que plus personne ne rigole ou n’est spontanée. Peut-être est-il préférable de faire réfléchir, c’est-à-dire parler un rien à côté du sujet. Faire réfléchir les adultes, susciter la question « tiens, au fond, qu’est-ce que c’est que cette histoire de drogues ? » C’est peut-être moins spectaculaire mais plus payant qu’un message normatif.

Concernant l’information dans les écoles, je ne développerai pas ce sujet ici mais rappellerai certains principes et techniques utilisés. Notre principe fondamental est de ne pas disqualifier les gens qui sont dans l’école. Nous ne sommes pas là pour prendre leur place : nous faisons un travail de spécialistes mais nous ne sommes pas des spécialistes dans l’école. Des actions sont possibles au niveau des jeunes ou des adultes dans l’école, mais il faut les faire ensemble, les réfléchir, les préparer. Une école n’est pas une autre, un public n’est pas un autre. Il s’agit donc de prendre le temps de réfléchir, de se rencontrer, de voir de quoi il s’agit. Que veulent faire les gens de l’école ? Qu’y a-t-il lieu de faire ? Comment allons-nous procéder ?

Ce n’est certainement pas en étant parachuté dans une classe pour y parler deux heures des dangers de la drogue que l’on arrive à un résultat. Du moins, un résultat positif ! Nous travaillons donc sur le long terme.

Le Ministre Bertouille a lancé des projets pilotes de travail de formation de relais dans un certain nombre d’établissements. C’est une formule que nous serions ravis de multiplier avec vous ! Outre Infor-Drogues, nombreuses sont les institutions qui sont prêtes aujourd’hui à travailler au niveau de la Communauté française dans cet esprit-là.

Docteur Saillon

Un petit mot à propos de la question « le film peut-il être utilisé dans les classes ? Quelle que soit la forme que prendrait, par exemple, l’intervention de délégués d’Infor-Drogues dans une école, cette projection du clip peut être l’amorce d’une discussion dans le classe.

Nous avons l’expérience, en France, de ce qu’on appelle les carrefours de métiers. Il s’agit de réunions annuelles où les adolescents de 11 à 15 ans rencontrent des représentants de diverses professions, pour les interroger sur les carrières possibles offertes par leur spécialité. Lors d’un de ces carrefours de métiers, nous avions installé un stand dans lequel une vidéo diffusait notre clip. Ça a été l’occasion de regroupements, de discussions, de dialogues, d’un lieu de parole.

Notre film n’est donc pas seulement un coup de poing, il est également l’amorce d’un message.

Claude Bloch, psychiatre – membre du Conseil d’Administration d’Infor-Drogues

Je m’adresse aux publicitaires et je voudrais qu’ils m’expliquent la signification exacte du slogan « la drogue, parlons-en ! » La cible est-elle les jeunes ? Parlons-en entre jeunes. La cible est-elle les parents, les adultes. Parlons-en entre adultes. Ou la cible est-elle les parents, parlons-en aux jeunes ? Je dois avouer que l’affiche, qui est passée rapidement et que je ne connaissais pas, ne m’a pas permis de déterminer cela.

Si ce sont les parents qui sont visés, je ne suis pas convaincu qu’ils soient capables de parler aux jeunes de drogues ou de réagir adéquatement. Que les 82% de ceux qui ont dit, après avoir vu les clips, « je suis capable de parler « drogues » avec mes enfants » en soient réellement capables. Et je me rappelle ce dépliant des années 70 aux États-Unis qui disait : « M’enfin, Maman, pourquoi es-tu tellement contre les drogues, tu n’y connais absolument rien ». Si un message doit être envoyé aux parents, je préfère personnellement : « Parles-moi de toi, je t‘écoute ».

Monsieur GARBARSKI

Deux remarques pour commencer. La première est que les chiffres des pré et post-test prouvent irréfutablement l’effet positif de notre clip. La seconde est que les questions qui viennent d’être posées montrent que le public a une fâcheuse tendances à demander des miracles aux publicitaires.

Je crois que le scénario du film est bon. Nous, publicitaires, avons osé faire quelque chose. Nous nous sommes adressé à un public large, en cherchant à toucher la fraction du public susceptible d’être influencée par ce genre de message émotionnel, sans espérer convertir des toxicomanes.

Le pouvoir d’action des médecins sur les toxicomanes est très limité : n’en demandez pas plus aux publicitaires.

En ce qui concerne les critiques qui ont été formulées contre les chiffres que nous vous avons présenté, je voudrais dire que 80% de parents affirment que le clip constitue une bonne entrée en matière d’une discussion avec leur enfant aux sujet de la drogue : il ne prétendent pas que le clip leur donne les informations nécessaires à cette discussion.

Martin PETRAS, psychologue

Je voudrais demander au réalisateur du film, ou au scénariste, plus de précisions au niveau de l’émotion. Quelle émotion pensez-vous manier dans votre film et comment voyez-vous cela ?

Il s’agit d’une histoire d’amour dans votre film et on se demande pourquoi ce dealer, qui est beaucoup plus grand et beaucoup plus fort que le petit, ne réagit pas dans ce scénario, pourquoi il ne lui casse pas la figure par exemple.

Il y a là quelque chose de l’ordre de l’imaginaire que vous suscitez et qui se termine en queue de poisson.

J.-M. Perier Nous sommes conscients, c’est évident, de ce qu’un clip publicitaire ne va pas résoudre le problème de la drogue. La phrase finale – dont je suis l’auteur – a pour unique but de provoquer la conversation entre les enfants et leurs parents. Si le message final du film avait été « moi je dis non à la drogue », tout le monde aurait applaudi, et trois jours après tout était oublié. Il est vrai que l’histoire racontée est incomplète : effectivement, le dealer va peut-être faire une grosse tête au môme. Le clip dure une minute et il est impossible de raconter toutes les histoires en une. L’important est d’atteindre le but fixé, ici de provoquer une conversation entre enfants et parents sur la drogue.

En ce qui concerne les numéros de téléphone gratuits (téléphones verts) qui structurent et récupèrent les demandes, je me sens peu qualifié pour en parler, mais je me demande si l’usage de ces numéro ne suppose pas un accord des répondants sur la thérapie à conseiller. Or, à ce jour, aucune thérapie ne donne plus de 25% de résultats, ce qui, en médecine, constitue un pourcentage faible.


Résultats des pré-tests

Pré-test de la campagne d’affichage fait le 16 juillet 1986 sur des dessins et non sur les documents terminés :

Les questions :

  • Avez-vous remarqué les affiches qui étaient présentées ? / Adultes : oui : 45% Adolescents : 42%
  • Pour chacune de ces affiches, dites-moi si elle vos plaît, déplaît ou vous laisse indifférent.
    • L’affiche « La drogues, c’est de la merde » / Adultes : plaît : 59% Adolescents : 80%
    • L’affiche « La drogue, alors parlons-en » / Adultes : plaît : 55% Adolescents : 62%
  • Ces affiches vous ont-elles fait réfléchir ? / Adultes : oui : 39% Adolescents : 58%
  • Êtes-vous surpris qu’on aborde la question de drogue par l’intermédiaire des affiches ?
    • Adultes : oui : 13% ; non : 87%
    • Adolescents : oui : 17% ; non : 83%
  • Pour vous est-ce une bonne ou une mauvaise chose qu’on aborde la question de la drogue de cette manière ? / Adultes : bonne : 93% Adolescents : 94%
  • Êtes-vous ou non choqué qu’on parle de la drogue avec une expression comme… / Adultes : non : 87% Adolescents : 93%
  • Voici une liste d’adjectifs pouvant qualifier cette campagne d’affichage ; quels sont ceux qui selon vous s’appliquent le mieux à cette campagne ?
    Réponses par ordre décroissant : d’actualité, nécessaire, utile, original, dissuasif, percutant, vulgaire, choquant, déplacé.
  • Ces affiches constituent-elles oui ou non à votre avis, une bonne occasion pour les parents et les enfants d’aborder ensemble les problèmes concernant la drogue ? / Adultes : oui : 81% ; Adolescents : 80%
  • Si après avoir vu ces affiches vos enfants ou vos parents vous posaient des questions sur la drogue et les drogués, vous sentiriez-vous « tout-à-fait », « plutôt », « plutôt pas », « pas du tout », en mesure de leur répondre ? / Adultes : tout-à-fait : 86% ; Adolescents : 72%
  • A propos des enfants tels qu’il sont montrés sur ces affiches, êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec chacune des opinions suivantes :
    • Ils ressemblent à tous les enfants et montrent que la drogue est un danger pour tout le monde. / Adultes : oui : 69% ; Adolescents : 86%
    • Tels qu’ils sont montrés, ils donnent une image tentante de la drogue. / Adultes : pas d’accord : 88% ; Adolescents : 94%
    • Au total, diriez-vous que ces affiches incitent plutôt les enfants à rejeter la drogue ou à être tentés par la drogue ? / Adultes : à rejeter : 54% ; être tenté : 9% – Adolescents : à rejeter : 80% ;   être tenté : 8%

Résultats des post-tests

Dans l ‘ensemble, le scénario du film a été convenablement restitué avec plus ou moins d’inexactitude selon les interprétations et selon le slogan « la drogue c’est de la merde ».

L’image choc, c’est la drogue que l’on jette dans le W-C., et qui constitue l’épilogue du film. Son héros est le plus petit des garçons qui jette la drogue dans le W-C.

La quasi totalité des gens interrogés ont plus au moins correctement restitué le scénario. Par contre, ceux qui ne l’ont pas correctement restitué ont retenu le message à 100%.

82% des gens ne sont pas surpris que l’on aborde la question de la drogue par l’intermédiaire d’un film comme celui-ci. 91% considèrent que c’est une bonne chose d’aborder la drogue de cette manière, sous la forme d’un film publicitaire à la TV; 52% trouvent le film émouvant, notamment parce qu’il montre les jeunes et qu’il est réaliste.

Le principe du film est bien accueilli par les personnes qui ont déjà eu l’occasion de le voir; 42% des interviewés estiment qu’il s’agit d’une bonne publicité, simple, explicite et bien faite; l’utilisation des gros mots ne choque que 15% des personnes interviewés. Pour 85% des personnes ce film est une bonne occasion pour les enfants et les parents d’aborder ensemble les problèmes concernant la drogue. Premièrement, parce qu’il permet une bonne entrée en matière et ensuite parce qu’il donne la possibilité aux parents de mettre en garde les enfants.

Au total, 77% des interviewés considèrent que ce film incite plutôt les enfants à rejeter la drogue, versus 9% qui donnent avis contraire.

Quelques questions / réponses du post-test :

  • Pouvez-vous me raconter brièvement ce film ? De quoi vous souvenez-vous ?
    • La drogue jetée dans les toilettes : 70%
    • Reconstitution exacte du scénario : 50%
    • Reconstitution exacte du slogan : 21%
  • Que voulait-on dire par : « La drogue, c’est de la merde » ?
    • Il ne faut pas consommer, toucher à la drogue.
    • La drogue c’est mauvais pour la santé.
    • Mettre en garde les jeunes, les sensibiliser, les informer, leur faire prendre conscience du danger de la drogue.
    • Il ne faut pas imiter les grands, faire comme tout le monde.
    • On sensibilise les parents, « attention à la drogue dans les lycées ».
    • La drogue gâche une vie, ne vaut pas le coup d’essayer.
  • Et qu’en pensez-vous ?
    • C’est une bonne publicité, simple, explicite, bien faite, claire.
    • C’est bien de montrer aux jeunes qu’il ne faut pas se droguer, ne pas se laisser entraîner.
    • C’est bien que la TV en parle, il fallait le faire.
    • La drogue c’est moche, c’est con.
  • Les jeunes sont très toucher par la drogue, est-ce que ça peut les convaincre, quel impact cela peut-il avoir ?
    • Fait réfléchir les parents et les enfants.
    • Tout le monde est concerné.
    • Cela peut arriver à tout le monde et pas « qu’aux autres ».
    • Montre que tout le monde n’est pas attiré par ça, car il met en scène les enfants.
  • Pour vous est-ce une bonne ou une mauvaise chose que d’aborder la question de la drogue de cette manière.
    • Bonne chose : 91%
  • Etes-vous ou non choqué qu’on parle de la drogue sous forme d’un film publicitaire ?
    • Non : 93%
  • Quelques remarques intéressantes :
    • Constitue une entrée en matière pour engager une conversation de manière naturelle au sujet de drogue.
    • Permet aux parents de mettre en garde les enfants contre les méfaits de la drogue.
    • Occasion pour les enfants de poser des questions.
  • Si, après avoir vu le film, vos enfants vous posaient des questions sur la drogue et les drogués, vous sentiriez-vous « tout-à-fait », « plutôt », « pas du tout » en mesure de répondre.
    • 85% se sentent en mesure de répondre grâce à ce film.

En ce qui concerne les réponses négatives, il y en a peu : 12 sur 200.

En conclusion, il est clair que ce film à fait réfléchir plus de ¾ des personnes qui ont été exposées au message et qu’il a constitué une excellente entrée en matière pour aborder le sujet de la drogue.