Notre définition de la prévention

Prévenir, c’est venir avant… Mais venir avant quoi ?

La prévention demande que l’on définisse son objet.

  • On peut vouloir prévenir toutes les consommations de drogues, c’est-à-dire plaider pour une société qui n’aurait jamais recours aux drogues (licites ou illicites).
  • On peut vouloir prévenir uniquement les consommations de drogues illicites.
  • On peut vouloir prévenir les usages problématiques de drogues, que ces drogues soient licites ou illicites.

 

Chez Infor-Drogues, nous pensons qu’une société sans drogues est une utopie. En effet, de tous temps et dans toutes sociétés, les hommes ont eu recours aux drogues, que ce soit pour des fonctions sacrées, thérapeutiques ou sociales.

… DES USAGES PROBLÉMATIQUES DE DROGUES

C’est pourquoi nous plaidons pour une prévention des usages problématiques de drogues (licites et illicites). En effet, il existe actuellement une pluralité d’usages de drogues (licites ou illicites) : l’usage occasionnel, expérimental, récréatif, abusif, dépendant, etc. Mais notre attention est retenue principalement par les usages problématiques, c’est-à-dire :

  • les dépendances
  • les usages particulièrement inconsidérés ou irresponsables (conduite de véhicule en état d’ivresse, état d’ivresse au travail, à l’école, etc.)
  • les usages abusifs (coma éthylique lors d’une soirée, par exemple)
  • etc.

Les usages qui mettent en difficulté le consommateur dans sa santé physique et/ou mentale, mais aussi dans son insertion sociale, professionnelle, et dans ses relations affectives.

L’idéal pour prévenir, serait de connaître ce qui cause ces usages problématiques et que le processus soit linéaire, comme pour certaines maladies : il y a un virus, une bactérie qui déclenche une maladie. Il faut donc détruire ou empêcher l’action du virus, de la bactérie et ainsi la maladie n’apparaîtra pas.

Mais en matière d’usages de drogues, comme en beaucoup d’autres matières – on pourrait dire en matière humaine – les choses sont bien plus compliquées. On ne peut pas mettre en évidence un processus linéaire : il n’y existe ni un profil psychologique, ni un produit “magique”, ni une situation familiale, ni une situation personnelle suffisant à expliquer une consommation.

Ce que l’on peut dire cependant c’est que les usages problématiques de drogues sont presque toujours l’expression d’un “mal-être”. Cette expression est un peu fourre-tout, mais elle permet de penser la prévention sans simplifier de manière incorrecte la pluralité des causes pouvant mener à un usage problématique.

Si on accepte cette manière de voir, la prévention des usages problématiques de drogues visera toute action, attitude qui diminue ce mal-être ou, dit autrement, tout ce qui contribuera au bien-être.

Ainsi, la prévention des usages de drogues se départit de la fixation sur son objet – les drogues – pour s’élargir à l’ensemble des activités humaines. C’est le travail en amont sur les secteurs qui régissent nos vies (l’urbanisme, les politiques économiques et sociales, l’emploi, les droits des citoyens, l’éducation, etc.) qui peut contribuer à créer des contextes de vies favorables au bien-être et à la santé.

Dans le champ éducatif, les moyens de prévention à disposition des adultes sont multiples. Ils reposent sur les méthodes éducatives, pédagogiques, d’évaluation, mais avant tout sur la relation éducative qui lie adultes et jeunes. En accompagnant les jeunes dans les questions et difficultés qui se posent à eux, en énonçant les interdits, en sanctionnant les transgressions (utiliser la transgression pour ouvrir un espace de parole sur cette transgression justement, sur ce qui a relevé d’une impossibilité à dire, pour (re)construire le sens de l’interdit/de la règle), les éducateurs ouvrent des espaces d’échanges qui aident les jeunes à grandir.

À propos des usages de drogues, trois idées reçues viennent parfois faire obstacle à la relation éducative :

 

La drogue : un sujet tabou

On pourrait avoir l’impression qu’on parle beaucoup et librement des drogues dans notre société. Toutefois, à y regarder de plus près, le discours ambiant n’est pas très “objectif” à propos des drogues : il se focalise sur les drogues illicites et lie à sa dangerosité le caractère illégal d’un produit , il met généralement en lumière les aspects les plus dramatiques de certaines consommations, il stigmatise certains consommateurs, notamment les personnes toxicomanes qui ne sont plus insérées socialement et professionnellement.

Ce discours rend tabou la parole sur les drogues et leurs usages. Aujourd’hui encore, il est difficile pour une personne concernée par un problème de consommation – comme usager ou proche d’un usager – de s’ouvrir de ses difficultés éventuelles tant le rejet, l’exclusion et la honte sont présents.

Ce discours conduit certains adultes à voir une issue dramatique à toute consommation. Cette anxiété ou cette peur empêche un abord serein quand il s’agit de parler des usages de drogues ou de gérer une situation d’usages que pourrait rencontrer un éducateur.

A contrario, pour faire contrepoids à ce discours dramatisant, certains jeunes (et moins jeunes) ont développé une banalisation des usages de certaines drogues. Si nous pouvons souscrire au fait que toute consommation de drogues n’est pas problématique, nous sommes d’avis qu’il existe aussi des consommations problématiques de drogues, y compris de drogues douces…

Réfléchir à l’image que l’on a des usages de drogues et des usagers peut nous permettre de décaler un peu cette peur ou cette banalisation, de s’ouvrir aux questions que soulèvent les usages de drogues : Pourquoi consomme-t-on ? Y a-t-il des contextes où la consommation peut prendre place ou non ? A partir de quand une consommation me fait-elle problème ? etc.


La drogue : cause de toutes les difficultés

Cette idée reçue renvoie à la question de l’œuf et de la poule. Sont-ce les usages de drogues qui causent d’autres difficultés ou les difficultés qui causent certains usages de drogues ?

Certains voient les consommations de drogues comme la cause des problèmes rencontrés par certains adolescents : décrochage scolaire, démotivation, échec scolaire, apathie, etc. C’est comme si le problème était provoqué par la consommation de drogues (illicites, presque toujours). L’idée qui sous-tend cette vision est que “la drogue” a tous les pouvoirs et que si une personne y goûte, elle va être “prise” par la drogue.

Cette vision rend chacun démuni ou tend à déresponsabiliser. Si “la drogue” a tant de pouvoir, quelles peuvent encore être les possibilités d’action du consommateur ou des personnes qui l’entourent ?

Donner à “la drogue” un tel pouvoir revient également à la rendre fascinante et donc, parfois, intéressante et attirante.

Ceci revient à nier les raisons psychologiques et sociales qui mènent aux consommations problématiques, ceci revient à passer sous silence ce qui motive certaines consommations (faire comme les grands, désirer s’intégrer à un groupe, faire une expérience, s’amuser, s’éclater, etc.), questions et thèmes qui nous semblent justement les sujets à mettre en discussion avec les jeunes.


La drogue : le savoir avant tout ?

Certaines questions qui nous sont adressées s’appuient sur le savoir pour tenter de faire empêchement aux consommations de drogues. “Dites-nous ce qu’il faut dire aux jeunes pour qu’ils ne consomment pas ” ou encore “Je n’y connais rien, je ne peux pas en parler”.

Cette recherche d’un savoir qui pourrait faire obstacle aux consommations de drogues nie les raisons inconscientes qui poussent les individus à user des drogues. L’information objective est utile. Elle ne suffit toutefois pas comme prévention : ce n’est pas parce que l’on sait qu’une demi-heure d’exercice physique quotidien favorise la santé qu’on parvient à respecter cette règle d’hygiène de vie.

Ainsi, il s’agit plutôt de parler d’autre chose, de parler autour des drogues : du plaisir, des risques, du projet de vie, de la dépendance-autonomie, des relations aux autres et de la sexualité, etc., afin de permettre à chacun de mieux comprendre son rapport aux consommations en général, de construire ses propres repères et valeurs et de favoriser aussi une prise de conscience.

Si on peut ne pas “s’y connaître” à propos de toutes les drogues, chaque adulte a du moins construit sa position personnelle quant aux drogues légales. Eclaircir, pour soi, ce qui fonde cette position peut être une aide pour accompagner les jeunes dans leur propre construction.

Les mieux placés pour “faire de la prévention” ne sont donc pas les spécialistes, mais ceux qui partagent le quotidien des jeunes (parents, éducateurs, etc.). En effet, la prévention ne repose pas sur des savoirs et des techniques particulières, elle prend naissance et se nourrit essentiellement des savoirs et des pratiques déjà existants.

Pour terminer, un jeune n’est pas l’autre, un éducateur n’est pas l’autre, une institution n’est pas l’autre. Un projet de promotion du bien-être doit également prendre en compte les contextes dans lesquels le projet s’inscrit et les personnes qui en sont les acteurs. Il s’agit d’aborder les questions et de penser les actions au cas par cas, avec le souci toujours présent de mettre et garder la personne au centre des préoccupations.

 

Ci-après, nous proposons différents textes relatifs aux réflexions que nous avons menées et que nous continuer à mener sur les questions de prévention en matière d’assuétudes. Au fil du temps, d’autres textes seront ajoutés.

Si ces textes vous interpellent, n’hésitez pas à nous faire part de vos remarques, en contactant l’équipe de prévention : 02/227 52 61.