Cannabis, Marijuana & Haschisch (suite)

Qu’est-ce que c’est?

Le cannabis et le chanvre sont une seule et même espèce proche sur le plan botanique de l’ortie et du houblon. Elle produit plus ou moins de fibres et de résine suivant les conditions de sélection, de culture et de climat. C’est la résine de la plante qui contient la substance active responsable des effets psychotropes (psychotrope = “qui a un effet sur le mental”): le tétrahydrocannabinol ou THC.

Les principales préparations obtenues à partir du cannabis sont:

  • l’ “herbe”, appelée aussi “marijuana”, composée des feuilles supérieures et surtout des fleurs séchées. Sa teneur moyenne en THC est de 2 à 10%. Aux Pays-Bas, on trouve néanmoins des plantes cultivées en intérieur dont la teneur en THC est bien supérieure (+/- 30% dans le cas des Nederwiet, Skunks et autres variétés).
  • le “haschisch” (hasch, shit, …) est fabriqué à partir de la résine produite par la plante. Il se présente sous la forme d’une pâte assez dure, dont la couleur varie du vert au noir, en passant par le brun. Sa concentration moyenne en THC est de 5 à 25%. Le “skuff” en est une variante hollandaise: de couleur vert clair, ce “pollen” est obtenu par congélation et centrifugation. Sa teneur en THC est variable.
  • L’huile est un produit peu utilisé, fabriqué à partir du haschisch. Elle a l’aspect d’une pâte visqueuse, le plus souvent marron foncé. Sa teneur en THC peut atteindre 50%.

Quelle en est l’origine?

Le cannabis a été cultivé à travers les siècles pour ses qualités horticoles et psychotropes.

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, le cannabis est utilisé en Europe pour ses fibres de très bonne qualité (cordages, voiles de bateau).

Aujourd’hui, on en redécouvre l’usage comme matériau de construction, dans la fabrication de papier, de vêtements, etc.

Comme psychotrope, son utilisation est attestée en Chine depuis au moins 2700 avant J-Christ. En Europe, c’est Napoléon, de retour d’Égypte, qui le premier en interdira la vente et l’usage. La toute fin du 18ème siècle verra néanmoins se multiplier les salons fumoirs clandestins.

Parallèlement, des médecins s’y intéresseront dans le cadre de traitements des troubles mentaux. En Europe, le cannabis figurera dans certaines préparations pharmaceutiques jusqu’en 1960.

Aujourd’hui, le THC sert de modèle pour l’élaboration de nouveaux médicaments de synthèse. Il est utilisé médicalement dans certains pays pour traiter le glaucome (hypertension intra-oculaire), réduire les douleurs et combattre les effets secondaires des chimiothérapies du Sida et de cancers.

De l’Inde au Moyen-Orient en passant par l’Amérique du Sud, le cannabis porte des noms différents et fait l’objet de préparations multiples en fonction des cultures et des traditions : Marijuana au Mexique, Bangh et Gandjah en en Inde, Kief au Maroc et en Algérie, Charas au Népal, Haschisch au Moyen Orient et en Afrique du Nord. La langue française lui a attribué des noms d’argot très divers : Shit, Pot, Marie-jeanne, Taf, Pétard,…


Qui consomme?

Entre 10 et 15% de la population a déjà fumé du cannabis. Il n’y a pas de portrait type de l’usager.

Si l’âge moyen tourne autour de 28 ans, toutes les périodes de la vie sont concernées.

Bon nombre gèrent et contrôlent leur consommation au quotidien. La plupart fument à leur domicile ou chez des amis.


Comment le consomme-t-on?

Le haschisch et l’herbe peuvent être mélangés au tabac dans une pipe ou, le plus souvent, dans une cigarette roulée à la main : c’est ce qu’on appelle un joint, un pétard, ou un stick. Dans bien des cas, le rituel social qui accompagne la consommation du cannabis (le groupe se passe le joint…) est tout aussi apprécié et recherché que les effets du produit.

Un joint est fumé en quelques minutes et les effets durent en général de 2 à 4 heures, selon la dose et la qualité du produit.

Le cannabis peut être incorporé à la nourriture (space-cake, thé…). Les effets sont plus imprévisibles que lorsque le cannabis est fumé, car le consommateur n’a aucune idée de la dose ingérée. Les effets se ressentent subitement au bout d’une heure en moyenne et peuvent durer jusqu’à 24 heures selon le dosage.


Quels sont les effets?

Les effets du cannabis dépendent :

  • du dosage en substances actives présentes dans le produit;
  • de la condition physique du consommateur;
  • de son humeur, de ses attentes et de sa personnalité;
  • de l’environnement, favorable ou non, dans lequel se réalise la consommation.

L’effet principal du cannabis est de stimuler et de modifier l’imagination, l’humeur, les sensations et le comportement. Les couleurs et de la musique paraissent plus intenses; la perception du temps et de l’espace peut être altérée et des associations d’idées diverses et variées se présentent à l’esprit.

Celui qui consomme du cannabis ressent en général un état de bien-être et d’euphorie, une ivresse agréable et manifeste une certaine hilarité (rires).

Pour certains, les inhibitions (timidité, réserve) tombent laissant le consommateur plus insouciant; certains deviennent passifs, d’autres subitement extravertis.

Le cannabis agit comme une amplificateur de l’humeur. L’euphorie peut être remplacée par la déprime si on consomme lorsqu’on est inquiet ou angoissé. Parfois, des sensations angoissantes peuvent survenir lors de la montée des effets du produit.


Effets secondaires

  • Perte temporaire de mémoire.
  • Diminution de la concentration (ex: le sujet répond avec retard aux questions qui lui sont posées).
  • Troubles du mouvement, vertiges, détente musculaire, parfois somnolence.
  • Hallucinations possible (en cas de prise rapide d’une quantité élevée de THC, notamment avec l’huile).
  • Sécheresse de la bouche, blanc de l’oeil rougi.
  • Hypoglycémie: diminution du niveau de glucose dans le sang, ce qui est responsable de la sensation de faim après la consommation.
  • Modification du rythme cardiaque et de la pression artérielle.

Le cannabis ralentit le rythme général et augmente le temps de réaction.


Qu’est-ce qu’on risque?

Risques liés à la consommation elle-même

  • Il n’y a pas de doses mortelles de cannabis.
  • Fumé, le cannabis fait courir les mêmes risques que le tabac (irritations, cancer des voies respiratoires), a fortiori s’il est mélangé au tabac.
  • Quand le cannabis est avalé (sous forme de « space cake » ou autres), les effets peuvent être plus puissants que lorsque le cannabis est fumé. En effet lorsqu’il est mangé le cannabis agit quelques heures plus tard et peut donc surprendre le consommateur par l’intensité des effets. Il y a également un risque de consommer plus qu’on ne le souhaiterait.
  • Comme avec les autres produits (y compris les médicaments) le mélange cannabis avec d’autres substances peut provoquer des effets imprévus…

Deux notions sans fondements scientifiques

  • La théorie de l’escalade (passage automatique d’une drogue à l’autre ; dans le cas du cannabis, celui-ci « pousserait » l’usager à prendre des produits plus « durs ») à laquelle nous préférons la théorie de la porte d’entrée (théorie de nature sociologique expliquant que l’usage clandestin et régulier du cannabis conduit le consommateur à sa voir proposer d’essayer d’autres drogues illégales ce qui peut exposer les personnes plus vulnérables à essayer d’autres produits.
  • Le syndrome amotivationnel (perte automatique de toute motivation hormis la consommation de cannabis) qui n’est bien souvent qu’un aspect d’un tableau clinique comprenant dépression, décrochage scolaire, problème familiaux, pression du groupe des pairs, etc.

Flip et mauvaises expériences

Le cannabis, à l’instar de la plupart des drogues, renforce l’état d’esprit du consommateur. Si ce dernier est mal dans sa peau, une crise d’angoisse ou de panique peut survenir. C’est ce qu’on appelle “flipper”.

Dans ce cas, il est préférable que le consommateur cherche un endroit tranquille, s’entoure de personnes de confiance, boive quelque chose de sucré. Ces effets indésirables se seront dissipés après environ une heure.

Quelques conseils pour réduire ces risques de mauvaises expériences avec le cannabis

Dépendance ou pas dépendance?

Il y a dépendance physique lorsque :

  1. un phénomène de tolérance s’installe (l’accoutumance)
  2. lorsque un syndrome de sevrage est observable suite à l’arrêt de la consommation.

La tolérance pharmacologique au cannabis

La tolérance à un produit se définit par le besoin d’augmenter les doses afin d’obtenir le même effet.

Concernant la tolérance au cannabis, les scientifiques sont maintenant d’accord sur le fait qu’elle se développe lors d’un usage régulier (quotidien) et prolongé. Plus la consommation est fréquente et plus la teneur en THC est forte, plus la tolérance sera importante et rapide.

Comparé à d’autres substances psycho-actives, la tolérance au cannabis reste de manière générale faible.

La syndrome de sevrage

Plusieurs études tentent de démontrer l’existence d’un syndrome de sevrage et de le mesurer. A l’heure actuelle nous constatons une absence de consensus dans l’interprétation des résultats ainsi que l’absence d’une définition du sevrage spécifique au cannabis.

Voici ce que l’on peut lire dans la littérature spécialisée :

Les symptômes de manque énumérés par les différentes études sont les suivants : sueurs, anxiété, agitation, nervosité, maux de tête, nausées, troubles du sommeil, diminution de l’appétit et du poids corporel, douleurs ou crampes d’estomac, et tremblements (Kaplan et Sadock, 1998 ; Ashton, 2001 ; Johns, 2001).

D’autres études récentes tentent de décrire le déroulement temporel de ce sevrage mais nous observons que l’intensité et la durée de ses symptômes différent d’une expérience à l’autre. Selon ces études, les symptômes apparaîtraient 3 à 7 jours après l’arrêt de la consommation et pourraient durer entre 4 à 15 jours selon les études. L’irritabilité pourrait perdurer un mois (Kouri E.M. et coll., 1999 ; Budney A.J. et coll., 2003).

Nous attirons également l’attention sur le fait que ces symptômes de « manque » peuvent également s’inscrire dans un contexte de dépression et /ou d’anxiété. Il est donc difficile de les distinguer facilement sans demander l’avis d’un professionnel de la santé.

Il faut donc considérer ces données avec prudence mais retenons tout de même qu’une proportion significative des fumeurs de cannabis éprouvent des difficultés à stopper leur consommation et ressentent un malaise lorsqu’ils l’interrompent. La façon de ressentir un inconfort varie d’une personne à l’autre : les symptômes peuvent être tantôt physiques tantôt psychologiques. Il semblerait que ces personnes soient de plus en plus à la recherche d’une aide pour arrêter ou reprendre le contrôle de leur consommation. Surtout si celle-ci interfère avec des activités quotidiennes.

La dépendance physique

La dépendance physique au cannabis soulève encore beaucoup de questions et de polémiques.

En effet, certains scientifiques critiquent beaucoup de nombreuses études car les biais méthodologiques sont importants (par exemple la dépendance à la nicotine n’est pas toujours prise en compte). De plus, les symptômes observés ne sont peut être pas spécifique au cannabis. Par exemple, une personne dépendante aux jeux de hasard qui doit s’abstenir de jouer peut ressentir un malaise physique semblable à celui décrit pour le cannabis (irritabilité, insomnie, sueurs, etc). Pourtant il ne s’agit pas d’une dépendance lié à un produit pour autant (Smith N.T., 2002).

De manière prudente, nous dirions que l’usage excessif et prolongé de cannabis peut provoquer une légère dépendance physique (Eehr et coll., 1983 ; O’Brien, 2001) qui touche une faible proportion de consommateurs (Hall, Room et Bondy, 1999 ; Institute of Medecine, 1999). Cela rejoint la description du Manuel Diagnostique et Statistiques de l’Association américaine de psychiatrie (DSM IV) qui précise que la dépendance au cannabis n’est pas , en général, de nature physique.

La dépendance psychologique

Le consensus est ici plus clair. La communauté scientifique s’accorde pour dire qu’une dépendance psychologique peut s’installer chez certains usagers. Elle se manifeste par une envie très intense de consommer pour se sentir bien, surmonter ses difficultés, décompresser, dormir, réaliser certaines activités, etc.

La consommation devient alors une habitude ou une nécessité pour soi.

Par ailleurs cette dépendance psychologique n’est pas aussi tyrannique que celle provoquée par des produits tels que l’alcool, la cocaïne ou l’héroïne. Toutefois certains consommateurs peuvent néanmoins perdre le contrôle de leur consommation.

Cannabis et psychose

Depuis 2003, ce sujet fait beaucoup parler de lui mais reste controversé. Plusieurs études sont en cours.

Pour le dire simplement, aujourd’hui il est prouvé que des doses élevées de THC produisent parfois de la confusion, des illusions, de l’anxiété et de l’agitation. Toutefois, de telles réactions sont rares et dans la plupart des cas les effets disparaissent rapidement après l’arrêt du cannabis. Néanmoins, certaines personnes présentent des prédispositions (peut-être génétiques) à des troubles psychiques graves (schizophrénie, psychose…). Dans ces cas relativement rares mais non moins préoccupants , il y a un consensus scientifique pour affirmer que la consommation de cannabis – même à faible dose – peut précipiter ces troubles (Degenhardt L. et coll., 2003 ; Verdoux H. et coll., 2003).

La revue d’Arseneault et coll. (2004) estime que le risque est modéré mais qu’il est loin d’être marginal compte tenu de la large exposition des adolescents à cette consommation. Ces auteurs concluent donc que le cannabis, bien que n’étant ni nécessaire, ni suffisant, peut être un facteur déclenchant de schizophrénie chez ces personnes prédisposées.

Risques liés au caractère illégal du produit

  • La qualité du produit n’est jamais assurée. Le cannabis fait néanmoins rarement l’objet de “coupage” dangereux.
  • On le trouve sur le marché clandestin chez des vendeurs qui, parfois, proposent d’autres drogues. Le contact est donc établi entre un consommateur bien souvent “récréatif” de cannabis et les drogues dures.
  • La consommation de cannabis étant illégale, elle est loin d’être culturellement et socialement acceptée, contrairement à l’alcool. Elle entraîne un risque de rejet social (perte d’amis, éloignement des proches, problèmes sur le lieu du travail ou à l’école, etc.).
  • Le risque principal du consommateur de cannabis est de s’exposer aux sanctions judiciaires. Voyez, au chapitre suivant, ce que dit la loi. (Le cannabis laisse des traces dans les urines jusqu’à 6 semaines en fonction de la dose. Après une seule prise, il peut donc être détecté dans les urines.)