Archives de l’auteur Infor-Drogues

Il n’y pas trop de méthadone en Belgique

Molécule Méthadone Le 23 avril 2008, deux adolescents sont décédés en prenant la méthadone de leur grand frère. Dramatique accident, certes ! Mais il serait regrettable que celui-ci, ou d’autres, remettent en cause les traitements de substitution à la méthadone car ils ont fait leurs preuves.

La délivrance de méthadone est contrôlée par un arrêté royal qui conditionne la prescription à une série d’obligations strictes pour le médecin.

S’il importe peut-être d’être encore plus vigilants et de signaler ce médicament comme dangereux, il importe tout autant de poursuivre ces traitements et de rappeler l’immense espoir qu’ils suscitent.

Deux accidents, éminemment tragiques et regrettables, ne doivent pas remettre en cause un mode de traitement qui est un succès sur le plan de la baisse de mortalité (diminution significative des overdoses d’héroïnomanes), de la baisse de la délinquance, de l’amélioration de la santé, de la qualité de vie, de la (ré)insertion sociale, etc.

ParInfor-Drogues

Schumi, la métastase de Bob

En ce début avril 2008, les abribus de Bruxelles se sont parés d’un apparent civisme «responsable». Bacardi et Schumacher nous conseillent «si vous sortez ce soir, prenez un taxi». C’est sympa, on n’y aurait pas pensé tout seul. Après les campagnes «Bob» initiées par les producteurs de bière, voici la campagne «Schumi», initiée par un producteur d’alcool fort. Leur point commun : pas de sortie sans alcool (1), beaucoup d’alcool. Votre unique responsabilité étant tantôt de désigner un Bob, tantôt de payer un taxi.

L’affiche s’adresse à nous en anglais, c’est plus classe. D’ailleurs, on est entre gens branchés, ça se voit du premier coup d’œil. Ici pas de bière populaire, ni de slogan macho, encore moins de déhanchés lascifs, rien que du haut de gamme : alcool blanc ou coquetels délicats savourés entre gens riches et responsables. Alors pourquoi une telle affiche aux arrêts de bus au lieu des pages en papier glacés des magazines de luxe ?

«L’alcool fort c’est ce qu’on boit, nous les champions» voilà la confidence adressée au petit peuple, « et d’ailleurs plusieurs verres plutôt bien remplis… ». Le but de ce type de campagne est de fixer le véritable enjeu d’identification sur la consommation d’alcool. Prendre un taxi, n’est qu’un conseil et n’est absolument pas mis en valeur puisque l’image du taxi est totalement absente et sa référence faite dans un anglais compliqué pour le commun des mortels.

Bref, cette campagne est une preuve supplémentaire que la « responsabilité » de l’industrie reste bel et bien de vendre ses produits. Même quand elle prétend, de manière hypocrite, le contraire…

(1) Cela s’applique aussi à l’industrie du tabac

ParInfor-Drogues

Quand le simple respect de la loi est qualifié de comportement éthique

Une nouvelle campagne de sensibilisation relative à la consommation d’alcool par les jeunes, vient de voir le jour sous le nom “RESPECT16″[1].

Le but annoncé de cette campagne est de donner aux distributeurs d’alcool et au secteur de l’Horeca, des conseils et recommandations pour ne pas servir de la bière aux moins de 16 ans. L’idée étant de faire passer un message moins autoritaire et plus “cool” aux jeunes. Il s’agit, a priori, d’une action très positive. L’alcool est un enjeu de santé publique important, et de nombreuses actions restent à mener dans ce domaine. Parmi celles-ci, il est en effet indispensable de sensibiliser et de former les acteurs de première ligne, dont notamment le personnel Horeca, quant à leurs responsabilités en la matière. Une information sur la législation en vigueur est tout autant nécessaire, l’interdiction de vente aux moins de 16 ans dans les débits de boissons étant encore trop souvent ignorée. Nous pouvons croire aussi que le secteur brassicole a intérêt à promouvoir une consommation plus responsable de leurs produits afin de ne pas en détériorer l’image.

Dans les faits, InBev ne se contente pas de donner des conseils aux professionnels mais se permet également de donner des conseils aux parents dans leur manière d’agir avec leurs adolescents. Si, a priori, cette initiative peut sembler louable, la forme et le message de cette campagne suscitent à tout le moins questionnement.

En effet, baser cette campagne sur le respect, sans s’attarder – et telle est sa finalité – sur l’interdiction légale de servir de la bière aux moins de 16 ans, n’est pas judicieux. En agissant de la sorte, le jeune pourrait comprendre que le débat se situe dans un cadre éthique et non dans un cadre légal. Or, la loi interdit la vente d’alcool aux mineurs, en raison des dangers évidents liés à une consommation régulière ou abusive d’alcool : conduites à risques, phénomènes de violence, relations sexuelles non protégées ou non désirées, dangers psychologiques, accoutumance,… et non parce que boire de l’alcool quand on a 15 ans : ce n’est pas “cool”. L’opérateur (Inbev, et les brasseurs belges) n’adopte pas le bon ton, il stigmatise le jeune dans sa campagne, stimule l’intérêt du public au produit : le serveur excite le taureau (nous, les consommateurs) avec une bière qu’on essaie d’attraper mais qui nous échappe, et cela nous énerve. On peut dès lors s’interroger sur les effets :seront-ils contre-productifs ? D’un point de vue strictement commercial l’opérateur aurait tout à y gagner.

Dans cette action promotionnelle ce qui saute surtout aux yeux c’est que l’opérateur n’a pas la crédibilité nécessaire pour mener ce type d’action. Il est juge et partie : confie-t-on la prévention du tabagisme aux cigarettiers ? Ou la prévention des maladies aux firmes pharmaceutiques ? Autant l’opérateur est dans une certaine mesure légitime pour s’adresser directement aux professionnels du secteur Horeca, autant diffuser des messages de prévention n’est pas de son ressort. Le CRIOC, les Fedito’s Wallonne et bruxelloise et le Groupe porteur « jeunes et alcool » en Communauté française plaident pour que ce genre de campagnes de sensibilisation émane d’organismes totalement indépendants des intérêts marchands, et tout particulièrement dans le cas de l’alcool, de ceux des alcooliers.
Un des visuels de la campagne

Autre paradoxe et pas des moindres : comment InBev peut-elle faire de la sensibilisation, tout en visant de plus en plus les jeunes dans ses campagnes marketing [2] et en affirmant comme le déclare le directeur des Brasseurs belges : “Nous sommes fiers des bières que nous brassons et de l’effet positif qu’elles peuvent avoir dans la vie quotidienne” [3] On peut penser qu’Inbev cherche plus à déplacer le nécessaire débat sur la place de l’alcool dans notre société et notre économie et à occulter sa part de responsabilité dans les consommations nocives d’une partie de la population. La grande visibilité médiatique de cette action ne semble dès lors pas s’adresser au public précis du personnel Horeca, mais bien aux médias et au monde politique afin de s’acheter une image d’entreprise responsable et éthique. Alors qu’en réalité, cette entreprise, en sous-main, finance des événements sportifs, utilise des techniques pointues pour fidéliser les jeunes consommateurs (actions spécifiques pour les mouvements de jeunesse par exemple, ou via des publicités associant alcool, virilité et performances sportives « les hommes savent pourquoi », sponsoring des cercles étudiants…) et mène dans les faits toute action pouvant augmenter son volume de vente, fidéliser sa clientèle, et garder en l’état une législation permissive, particulièrement dans le domaine des stratégies marketing.

Sentant le vent qui tourne, inbev cherche-t-il à se prémunir contre la fin de l’autorégulation du secteur des alcooliers que de nombreux acteurs en Promotion de la Santé et de la Santé publique souhaitent ?

En attendant le mois de juin et la conférence interministérielle sur le Plan d’action national alcool (PANA), réunissant les 7 ministres compétents en matière de santé, nous réitérons notre demande pour une législation univoque et mieux contrôlée et dénonçons cette action promotionnelle de diversion de la part des entreprises brassicoles réunies derrière cette campagne.

 

[1] http://www.respect16.be

[2] Les dossiers de l’éducation aux médias n°3, Media Animations, 2007 : Les publicitaires savent pourquoi : les jeunes, cibles des publicités pour l’alcool

[3] “Responsible brasseurs“, La libre, 22/05/08

ParInfor-Drogues

Stériliser le lait, oui; les toxicomanes, non

Stériliser le lait, oui; les toxicomanes, non (28 mars 2007)

Depuis début mars, Margriet Hermans, députée au Vlaams Parlement, lance ses idées concernant la «prévention des drogues» (1). Il s’agirait d’une part d’une stérilisation, volontaire et temporaire, des toxicomanes, et d’autre part, d’un enfermement dans un centre de sevrage suivi d’un accompagnement obligatoire durant plusieurs années.

Ces propositions montrent la vision d’un certain monde politique face aux consommateurs de drogues: des délinquants voire des criminels à incarcérer, des malades mentaux à enfermer et à soigner (dans un premier temps) pour les protéger d’eux-mêmes et protéger la société. Considérés comme irresponsables, il faut les contraindre. Que certains envisagent même de le faire au mépris de l’intégrité physique de ces personnes démontre le peu de respect accordé à leur humanité. En effet, on ne peut considérer comme «volontaire» une décision prise sous contrainte judiciaire avec comme seule alternative un séjour en prison.

Aujourd’hui, malgré son coût humain et financier (2) important, l’échec de la guerre à la drogue… et aux drogués est pourtant patent. Madame Hermans le constate aussi mais, paradoxalement, propose encore davantage d’enfermement. Enfermement pour les usagers de drogues dures, placement de leurs enfants en famille d’accueil, stérilisation c’est-à-dire aussi l’enfermement dans un statut d’incapacité et d’irresponsabilité.

Aider ces personnes en détresse, ce que tout le monde affirme souhaiter, passe-t-il par l’exclusion, l’enfermement, la contrainte, le recours à des traitements de «sous-hommes»? Réalise-t-on qu’un tel durcissement des sanctions («pour les aider») aura pour conséquence première un durcissement symétrique de la capacité de la population à les insérer?

Ces mesures vont ainsi surtout les exclure encore davantage. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui est en train de se passer sous nos yeux concernant «les jeunes»: pour réagir à des cas de violence isolés, l’Etat est en train de mettre en place des dispositifs de contrôle et de contrainte démesurés sans véritablement s’attaquer aux causes de ces violences.

D’ailleurs, on constate une fois de plus que le volet préventif des usages problématiques n’est pas abordé par le politique. Nos responsables n’ont-ils plus que la répression, le contrôle et l’enfermement comme solutions aux différents problèmes de la société? Actuellement, la prévention, pourtant présentée comme prioritaire (3), ne reçoit que 4% des moyens (4) dévolus à la politique des drogues en Belgique!

Soyons clair: l’enfermement, carcéral ou médical, n’a pas réglé et ne règlera pas la question de l’usage de drogues. Rappelons que les toxicomanes sont et demeurent des êtres humains à part entière disposant de l’usage de leur raison malgré leur consommation de drogues.(5) Dès lors, ne conviendrait-il pas d’éviter les a priori sur leurs difficultés et sur les problématiques qu’ils vivent?

Un peu comme dans l’expérience liégeoise de distribution contrôlée d’héroïne où l’Etat se fait (pour une fois) violence en ne subordonnant pas d’office son aide à l’arrêt de la consommation. Pour améliorer durablement la situation, ne conviendrait-il pas que l’autorité publique, et, reconnaissons-le, une bonne part de la population, changent le regard qu’elles portent sur les consommateurs de drogues et écoutent l’expertise des professionnels des soins et de la prévention? Peut-être faut-il commencer par créer un lieu où débattre de façon méthodique de telles questions? (6)

Comme le grand public, nos responsables politiques perçoivent ce phénomène d’assez loin. Tant les professionnels qui côtoient au jour le jour les usagers de drogues que ceux qui analysent l’évolution, l’étendue et la nature profonde des situations disposent d’un savoir utile à la prise de décision politique. Sachant qu’il faut apporter des solutions diversifiées à des situations très différentes les unes des autres.

Changer de méthode pourrait éviter à l’avenir les fausses solutions à ces vrais problèmes. Commencerait alors une nouvelle approche du phénomène. Plus respectueuse de l’être humain, plus citoyenne et, au final, faisons-en le pari, plus efficace.

Infor-Drogues – Ce texte a fait l’objet d’une Carte blanche dans ‘Le Soir’ du 28/03/2007 dans une version légèrement différente

(1) Voir aussi son site http://www.margriet.be. A lire ses positions carrées en matière de prévention, vous avez sans doute une petite idée du parti auquel elle appartient? Raté! Elle est Open VLD. Mais il faudrait plutôt dire Gesloten VLD en l’occurrence…
(2) La répression coûterait chaque année plus de 98 millions et les soins, bien souvent contraints par la justice, 72 millions. In La politique des drogues en chiffres, De Ruyver, Pelc, Casselman, Service Public fédéral de Programmation Politique Scientifique, 2004.
(3) Cf. par exemple, Ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir? Le gouvernement fédéral plaide donc pour une politique de prévention efficace, in Note politique de janvier 2001 du Gouvernement fédéral relative à la problématique de la drogue.
(4) In La politique des drogues en chiffres, De Ruyver, Pelc, Casselman, Service Public fédéral de Programmation Politique Scientifique, 2004.
(5) La question reste de découvrir le sens, l’utilité de cette consommation pour ces personnes.
(6) A ce propos, notre pays attend depuis 2001, la création de la Cellule politique «drogues» rassemblant tous les acteurs concernés annoncée dans la Note du Gouvernement.

ParInfor-Drogues